4 intervenants se succèdent, avec, comme c’est souvent le cas :
- 1 chercheur : Jean-Luc Parodi (JLP) directeur de recherche émérite FNSP
- 1 journaliste/commentateur : Eric Dupin (ED), journaliste indépendant ancien journaliste à Libération.
- 1 politique : Bruno Le Roux (BLR), député socialiste de Seine-Saint-Denis, secrétaire national du PS chargé des élections.
Pascal Perrineau, directeur du CEVIPOF, animait le tout.
Pour la synthèse, j'ai remodelé leurs interventions en trois thèmes.
1. Distinction popularité sondagière/popularité électorale ou Comment Ségolène est passée de l’une à l’autre
JLP fait une distinction qui sera utilisée par la suite par tous les autres intervenants :
- d'une côté la popularité sondagière qui correspond à une popularité de notation : ce sont les baromètres qui indiquent la côte de confiance des hommes/femmes politiques (avec des questions du genre : lui faites-vous ou pas confiance ? voulez-vous lui voir jouer un rôle à l'avenir dans la politique française ? etc)
- de l'autre côté la popularité électorale qui désigne une popularité évaluée en situation de concurrence. Nous sommes toujours dans le domaine des sondages, mais dans une situation plus proche de la réalité des élections. Ces enquêtes demandent aux sondés de comparer plusieurs responsables politiques ou d’en choisir un(e) dans d’hypothétiques duels.
Il faut selon JLP garder à l'esprit que le premier type de popularité n'est d'aucune aide pour déduire le second : avoir 70 % des sondés qui apprécient les pommes, 60 % les poires et 50 % les fraises n'impliquent en rien que, placés devant le choix entre pommes et poires, les suffrages des sondés se porteraient sur les pommes !! Or les journaux pratiquent souvent un tel glissement, inexact, en présentant les sondages de notation sous forme de classement, comme s’ils avaient été élaborés en plaçant les hommes et femmes politiques en situation de concurrence.
Il prend ensuite 3 cas paradigmatiques (oui il y avait beaucoup de mots compliqués dans ce colloque) qu'il définit comme suit (en allant du plus à gauche au plus à droite sur une abscisse qui irait de la popularité sondagière, à la popularité électorale et enfin au capital électoral avéré) :
- Bernard Kouchner, c'est la popularité d'empilement consensuel. Enorme popularité sondagière mais qui ne se traduit pas dans un contexte de concurrence.

On peut reprendre la distinction intéressante que Bruno Le Roux ajoute au sein de la « popularité sondagière » : d'un côté la popularité de respect pour les combats passés (c'est le cas de Lang pour son action à la Culture, de Bernard Kouchner pour le droit d'ingérence), de l'autre la popularité d'espoir qui porte sur des combats à venir : c'est le cas de Ségolène Royal. Autrement dit, celle-ci est davantage intégrée à l'arène politique que d’autres champions des baromètres de popularité comme Simon Weil ou Bernard Kouchner.
- Sarkozy, c'est la popularité d'antagonisme. Le Ministre au Kärcher se démarque par l'intensité de ses soutiens. Autrement dit, parmi les % d'opinions qui lui sont favorables, on remarque la part relative singulièrement importante des "très favorable" ou des "ont très confiance". Ce n'est pas le cas des autres candidats.
- Segolène Royal incarne le passage – en cours - de la popularité sondagière à la popularité électorale : le tournant de la non-campagne-qui-en-est-quand-même-une de Ségolène Royal tient en effet à ses bonnes performances dans les sondages publiés fin janvier-début février (sondage IFOP-Le Journal du dimanche réalisé les 26 et 27 janvier ; sondage de BVA pour Le Figaro et LCI réalisé les 27 et 28 janvier), qui la mettent en situation de concurrence : concurrence face à Sarkozy, concurrence face aux autres prétendants
En l’espèce, pour Eric Dupin, qui se présente comme un "récent converti " à la plausibilité d'une candidature Royal, il s'agit même de bonnes performances dans une situation de concurrence aggravée, puisque Ségolène Royal réussit à surnager largement dans un paysage socialiste volontairement émietté par les sondeurs, qui persistent à maintenir 5 candidats PS en concurrence (alors que comme l'expliquera Bruno Le Roux, 2 sont déjà out).
2.Les déterminants de la popularité de Ségolène Royal
Pour JL Parodi, si Ségolène réussit remarquablement bien, c'est parce que ... les autres responsables PS sont mauvais !! Ils incarnent notamment l'échec de 2002. 
Plus sérieusement, au vu des échanges que j’ai entendu, on peut isoler 3 facteurs qui concourent à rendre Ségolène Royal populaire, et qui correspondent chacun à un moment fondateur de sa popularité :
* La proximité
Cette image de proximité se construit dès son accession au gouvernement en 1993 et s’affirme en 2004 avec la victoire au Conseil Régional de Poitou-Charentes. La proximité est liée :
=> aux thématiques dont elle se fait la spécialiste : ses fonctions ministérielles l’amène à traiter de thèmes de la Vie Quotidienne (environnement, enfance, handicapés, enseignement scolaire). Il semble qu'il vaille mieux aujourd'hui, pour être populaire, assumer ces portefeuilles plutôt que ceux, plus prestigieux, des ministères régaliens.
Le thème de la proximité est aujourd’hui rejoint par celui du pragmatisme, qui fait partie du positionnement de Royal, comme l’identifie Eric Dupin : références à Tony Blair dans le Financial Times, liberté avérée par rapport aux positions du PS.
=> la proximité est aussi liée à l’échelon d’action qui est celui de Ségolène Royal depuis qu'elle est devenue présidente de Région en 2004.
* La figure de l'opposante
Cette victoire aux régionales lui permet en outre d’apparaître comme la "Zapatera" socialiste : elle devient presque rétroactivement la première opposante au Premier Ministre Raffarin. Sa cote s'envole.
Il est probable, comme l’explique JLP, que son capital de sympathie "de concurrence" - autrement dit sa popularité électorale - se construise tranquillement depuis les régionales 2004, où sa popularité décolle clairement dans les baromètres. Mais on ne bénéficie pas de données anciennes pour juger de l'évolution de cette popularité électorale : si les sondeurs ont depuis longtemps intégré SR dans les baromètres de popularité, celle-ci n’a intégré que tardivement (fin 2005) les sondages dits "de concurrence".
* La nouveauté
Elle incarne vraiment depuis 2005 l’aspiration à la nouveauté et au renouvellement du PS. Le moment fondateur identifié par Eric Dupin est sa déclaration de candidature en filigrane, dans Paris-Match, au moment du congrès du Mans, suivie des réactions machistes des éléphants PS.
3.La résistible marche vers l'investiture du Parti Socialiste
* Une médiatisation à la Sarko
Pour Eric Dupin, les positionnements médiatiques de Sarko et Sego sont comparables. Outre la proximité et le pragmatisme, comme évoqué plus haut, c’est la « peoplisation » qui les rapproche : Ségolène Royal intervient dans la presse féminine (Femme Actuelle), people (Gala, Paris-Match), populaire (Le Parisien), mais la seule intervention dans la presse dite "sérieuse" se fait à l'étranger (avec le Financial Times).
Alors, Ségolène serait-elle une Sarko à l'envers ? Non pas une Sarko de gauche, mais une Sarko en négatif, qui viendrait apporter, par une stratégie médiatique similaire, le contrepoint rassurant et consensuel qui manquera sûrement à Sarkozy ?
A propos de la médiatisation, Bruno Le Roux nous annonce un véritable scoop : la popularité de Ségolène lui a redonné confiance en elle, et surtout un accès aux médias qui va s'intensifier dans les semaines à venir ! Tiens donc!
* Une vraie popularité parmi les électeurs mais aussi les militants PS
Pour le Secrétaire National en charge des élections au PS, Ségolène Royal serait sans aucun doute possible choisie par les militants si le vote avait lieu aujourd'hui :
- les militants PS savent qu'une alternance est possible en 2007, mais aussi que la bataille sera difficile ; ainsi ils ne se passeront pas d'une candidate aussi populaire parmi les Français. En l'espèce, la réserve que l'on formule d'ordinaire contre la désignation partisane des candidats n'a donc pas lieu d'être (les militants ne baseront pas leur choix sur des logiques d'appareil ou des considérations déconnectées de celles des électeurs)
- Même si Sego se veut une candidate socialiste en décalage par rapport aux dogmes de son parti 'en particulier sur les questions de société), le profil sociologique et politique de ses soutiens dans les sondages en font une vraie candidate de gauche. Sa popularité est donc "utile" et transformable en capital électoral sur le terrain. Bruno Le Roux lui-même est très étonné par les opinions de militants radicaux : ils sont, plus qu'on ne pourrait le croire, derrière Ségolène. '(Mais alors, on se demande qui ne la soutient pas ?!?)
Un clivage existe apparemment entre militants PS et électeurs PS sur le cas Ségo : si l'on en croit les confidences de Stéphane Trano, elle suscite une opposition rue de Solférino. (Etonnant, non ? ). Idem dans cet article du Monde qui parle du manque de relais Royalistes (Royaux ? Royalais ? Ségoliens ?) au PS.
Les fabiusiens ont une théorie : Ségolène Royal fera le ménage parmi les prétendants du camp conduit par François Hollande ; du coup, leur chef de file sera de mieux en mieux placé et pourrait même récupérer les anti-Royal, nombreux chez les cadres.
* Rien ne peut l’arrêter ?
Quid des autres candidats putatifs du PS ? Pour BLR, certains de ceux qui s'affichent comme candidats à l'investiture sont déjà out et le savent : pour lui les militants devront départager Jospin-Hollande-Royal. Point barre. (A mon avis ils n'auront le choix qu'entre les deux premiers, mais je ferai prochainement un billet pour détailler cet avis.)
Il confirme, en le déplorant, que des primaires à l'italienne ne seront pas organisées. Ceci aurait sûrement bénéficier à Ségolène. Mais un phénomène pourrait néanmoins bénéficier à Ségolène Royal : le lancement début mars d'une campagne d'adhésion au PS par Internet . Elle permettra aux sympathisants de s'encarter plus facilement, sans avoir à choisir une section, et sans avoir à être acceptés par elle : il semble que ceci ait pu constituer un filtre dans certains départements qui ne voulaient pas déstabiliser une situation acquise. Il y a fort à parier que ces nouvelles adhésions favoriseront une candidature de renouvellement, de la même manière que Panafieu a bénéficié du vote des nouveaux adhérents de l'UMP.
Pour finir, Bruno Le Roux en remet trois couches pour nous dire que Ségolène peut être candidate. Elle réussit dans 3 critères majeurs à ses yeux (sa crédibilité à gérer est avérée et tout procès en incompétence est injustifié ; l'envie des militants existe; la capacité à gagner aussi.). Les retours des premiers fédéraux des départements, rencontrés récemment, lui ont confirmé que Ségolène Royal est maintenant acceptée comme une candidate à l'investiture.
Mieux : quand on ne l’aime pas, c’est quand même bien pour elle ! BLR raconte que Ségolène Royal était plutôt satisfaite du mauvais accueil qu'elle a reçu dans le Nord-Pas-de-Calais : puisque ces fédérations sont des bastions du conservatisme partisan au sein du PS et n'incarnent pas le renouvellement, c'est donc que Ségolène l'incarne, elle. (là je n'y crois pas une seconde ; arrête ton char, Bruno)
Mais alors qu'est-ce-qui pourrait arrêter la marche de Ségolène ? Selon BLR, c'est... elle-même ! Il n'est pas convaincu de la volonté de Ségolène Royal d'aller jusqu'au bout (de la course à l'investiture et de la course à la présidence). (Là d'un coup quand il dit ça je me rappelle les précautions liminaires qu’il avait prises pour nous expliquer qu'il ne serait pas objectif dans son intervention, puisqu'il soutient la candidature de Ségolène. A mon avis, laissant entendre que SR n'est pas décidée, il suit une stratégie de séduction qui vise à faire naître le désir.
A suivre… ''(oui c’est nul comme conclusion mais je suis pressé là)

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