Bruno Cautrès rappelle tout d'abord la méthodologie et l'avancée scientifique que constitue cette étude, réalisée par l'IFOP et financée par le Ministère de l'Intérieur (depuis que les RG ne se chargent plus officiellement de sonder l'opinion publique).

Elle porte sur 5000 personnes (5 fois plus qu'un sondage ordinaire) et associera des questions communes aux 4 vagues + un thème spécifique. Pour cette première vague, le thème est le pessimisme (mais lato sensu : la perception du déclin, le rapport des Français(e)s à la mondialisation,etc.)

I. Une société pessimiste et défiante

  • 1) une société pessimiste

Le pessimisme a 4 visages selon Pascal PERRINEAU :

  1. sur le niveau de vie (54% des personnes "vivent difficilement", toutes les catégories sociales et toutes les tendances partisanes se retrouvent)
  2. sur l'avenir des enfants
  3. sur l'avenir du pays (74 % de pessimistes !)
  4. sur la perception du chômage (23% l'estiment en baisse, 30% stable, le reste en hausse)

Il définit ensuite 4 types de personnes selon leur rapport à la thématique du déclin :

  1. ceux qui estiment qu'il ny a pas de déclin : 24%
  2. ceux qui estiment que le déclin est un "déclin-puissance", qui touche la place de la France: 14%, surtout à droite
  3. ceux qui estiment que le déclin est un "déclin-valeurs" : 28% (surtout Gauche et Extrême gauche)
  4. le déclin général : 30% (toutes tendances confondues, et étonnamment, se retrouve surtout dans les catégories aisées et)) diplômées)

L'impact d'un tel pessimisme dans la société a eu d'inévitables effets sur le referendum de 2005. La corrélation avec le non s'applique en particulier avec le vote de gauche, mais moins avec celui de droite. Le sentiment du déclin incite : à gauche, à un recentrage national, et à droite, à une réaction à une ouverture politique et économique.

  • 2) des électeurs défiants, aussi

Jerome Jaffré distingue trois catégories de personnes, selon le rapport qu'elles entretiennent au système politique français : les intégrés, les défiants et les hors système.


Ex : Les intégrés regroupent 28% de la population. Ils se définissent comme capable de situer sur un axe gauche-droite (à noter que le centre est proposé!) et font confiance à la gauche ou à la droite pour mener une politique efficace.


II. L'UDF : du boulot mais des raisons d'espérer

  • 1) le verre est à moitié vide : le centre ne rassemble pas tous les déçus du bipartisme

Chose assez nouvelle : il était proposé aux électeurs de situer à droite, à gauche, ni l'un ni l'autre (segmentation on ne peut plus classique) mais aussi "au centre". Alors que le centre était proposé, 37% des électeurs se situe ni à droite ni à gauche. La part des désabusés qui ne font plus confiance ni à la droite ni à la gauche pour gouverner le pays grimpe à 69 % !! Le centre ne rassemble pas autant que l'on pourrait le croire (et dans mon cas, l'espérer) les personnes qui ne se reconnaissent plus dans la partie de ping-pong qui se joue depuis 20 ans.

  • 2) le verre est à moitié plein : une vraie place pour le centre, une bonne place pour Bayrou

En meme temps, un centriste de base trouvera dans cette présentation trois raisons d'espérer :

- l'UDF a une vraie place en ce qu'il rassemble une fraction de l'électorat distincte de celle de l'UMP dans la typologie donné par J. Jaffré.

Ex : L'électorat de l'UDF se retrouvent à 50% parmi la catégorie des défiants.

Voilà qui pourrait réjouir les Sarkozy et consorts : l'UDF, sur des thématiques en partie proche de l'UMP, rassemble des électeurs qui, par suspicion, ne seraient pas prêts à voter pour la droite ou la gauche au premeir tour. D'où réservoir de voix. D'où les roquets de l'UMP feraient mieux d'arrêter de casser du Bayrou et de crier au traitre, parce qu'en 2007 ils pourraient bien avoir autant besoin de l'UDF que l'UDF de l'UMP. Bref. Je me calme et je poursuis.

- ensuite, Bayrou séduit. N'ayons pas peur du mot.

Il arrive 4eme derriere Roya, Sarkozy et Jospin pour la question "Quelle est la personalité dont vous vous sentez le plus proche". Pas mal ! Ses traits reconnus sont la sympathie et la capacité à comprendre les problèmes des gens.

Enfin, deux questions évaluent les personnalités sur leur capacités à protéger la France et à l'ouvrir sur le monde d'aujourd'hui. Les deux me semblant nécessaires, j'ai fait une petite moyenne des scores de Bayrou. Il se classe là-encore très très bien, et semble constituer une vraie alternative.


  • 3) je bois le verre

A la fin du colloque j'étais ailleurs, à moitié endormi (les interventions nullissimes de Glavany et du journaliste de La Croix m'y ont beaucoup aidé). En plus les sièges de l'amphi de l'ENA sont tellement confortables. Ce ne sont pas des sièges, ce sont des fauteuils, assez doux, d'un orange pas très net certes, mais où la fine fleur de l'élite française a usé ses culottes (c'est grisant...). Ils sont profonds, avec les accoudoirs qui remontent assez haut, on est complètement lovés dedans, et on s'endort à moitié. (bon là je raconte n'importe quoi, mais j'ai toujours eu tendance à pipeauter pour terminer mes copies...)

Au final, je suis parti au moment des questions de la salle, pour rejoindre une opération commando à l'autre bout de Paris : "Je soutiens Bayrou-et-le-vote-de-la-motion-de-censure en distribuant des tracts autour du Trocadéro".

Cette opération nous a permis :

1) de constater que les militants UDF soutiennent Bayrou dans ce vote, même si certains ont la prudence d'ajouter, tiraillés par un vieux fond de méhaignerisme : "j'étais quand même un peu dubitatif au début, mais finalement..."

2) de parler entre nous de la seule actualité qui compte en ce moment : l'élection du président des Jeunes UDF. Car oui, contrairement à l'UMP, nous élisons notre président, ainsi que le Bureau de l'équipe nationale des Jeunes UDF. Je vous en reparlerai bientôt si vous le souhaitez, foule en délire.

3) accessoirement, de distribuer environ 55 000 tracts (mais seulement 250 selon la police)