- Soit il était de mauvaise foi, en espérant berner ainsi la presse et les lecteurs du Nouvel Obs (journal où il rapportait cette ovation imaginaire) et dans ce cas-là, cette gaffe préfigure sûrement toutes les entourloupes et chausses-trappes médiatiques qui nous attendent pendant cette élection.
- Soit il était de bonne foi et a effectivement crû à tort qu'on l'ovationnait. Dans ce cas-là, imaginons un peu la scène, ridicule : le public acclame Djamel ou n'importe quelle autre vedette, et Jack Lang, encore dans les travées, n'ayant pas vu que Djamel est sur scène, croit que tous ces applaudissements sont pour lui ! C'est touchant et ça en dit long sur l'ego du bonhomme. Même si, franchement, il partage ce travers avec beaucoup d'hommes politiques de premier plan... D'autant qu'en l'espèce, tous auraient été prêts à se laisser duper et à s'imaginer être le "candidat porté par les Jeunes". L'étiquette a tellement réussi à Mitterrand en 1988 ou Chirac en 1995 !
Je ne sais pas pourquoi il persiste dans la course à l'investiture. Je pensais vraiment qu'à l'approche de La Rochelle et du mois de novembre, il se rangerait pour l'un des autres candidats (Jospin-qui-est-définitivement-pas-parti, Royal, Hollande). Mais non ! [1]
Lors d'une des conférences du CEVIPOF - consacrée à la popularité sondagière de Ségolène royal - dont j'avais fait le compte rendu, Bruno Le Roux (Secrétaire national du PS chargé des élections), était invité à s'exprimer sur la procédure de désignation du candidat PS, et nous avouait explicitement que 3 candidats avaient déjà perdu et le savaitent : DSK, Fabius et Jack Lang.
Apparemment, Jack Lang s'obstine. Mais après tout, quand on est porté par des voix, on peut réussir l'impossible, non ?
Les enquêtes électorales qui mettent en avant les performances de Ségolène Royal me laissent vraiment perplexe. Il est à la fois étonnant et passionnant d'observer qu'elle plaît aux vieux comme aux jeunes, aux urbains comme aux ruraux, qu'elle bénéficie au 2nd tour de reports de voix des électeurs de Bayrou comme de Besancenot ! Elle est redoutablement efficace pour tenir sa droite aussi bien que sa gauche !
Mais un telle agrégation de contraires repose-t-elle vraiment sur sa stratégie et sur son projet, ou tient-elle simplement au voile, au flou qui entourent pour l’instant sa campagne et ses idées, et qui permettent à tout le monde de se reconnaître en Ségolène ?
J'ai en effet l'impression que Royal est dépassée par Ségolène : chacun projette dans la Ségolène de 2006 les qualités qu'il voudrait voir dans le prochain Président de la République, faisant fi de ce qu'on pourrait dire sur la "vraie" Mme Royal, entrée à l’Elysée en 1981 comme conseillère puis élue députée en 1988, et qui n'a donc rien de neuf.
Parmi ses qualités, la nouveauté, la fraîcheur et la jeunesse, qui sont plus que jamais en hausse depuis le mandat apathique de Chirac. Or, Ségolène ramasse la mise sur le tableau de la nouveauté : par sa féminité ( jamais femme n’est parvenue à ce stade de « présidentiabilité ») et par son parcours ministériel (qui, pour être très fourni, n’en est pas moins singulier car il ne comporte aucun minsitère régalien, mais uniquement des portefeuille « proche des gens » : famille, environnement, etc) .
Je pense malgré tout que le voile va se lever : à force de l’entendre et de la voir, sa nouveauté va s’émousser ; le "Tout sauf Ségolène" va se mettre en branle en interne au PS ; et en dévoilant peu à peu ses éléments programmatiques, les forces centrifuges qui composent ses soutiens dans l’opinion vont se réactiver. Elle ne peut quand même pas amener les centristes à voter de concert avec les gauchistes lassés des éléphants du PS, non ?!?
Mais si par surprise, par magie, ou que sais-je, elle y parvenait, alors ce serait après tout peut-être bien elle dont la France a besoin : après tout, en bon bayrouiste que je suis, je ne peux qu’être fasciné par une campagne qui rassemble au-delà des clivages ! Seul souci qui élimine en ce qui me concerne toute possibilité d'un vote Royal [1] : je doute intimement de la capacité de la dame du Poitou à mener les réformes qui s’impose. J’en reparlerai lors d'un prochain billet.
A suivre…
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