Quand j'étais au lycée, j'enregistrais Les Brûlures de l'Histoire, une série de soixante documentaires passionnants, crées et animés par l'historien et cinéaste Patrick Rotman, et rediffusés tard le soir par France 3 à la fin des années 1990. Hier, j'ai retrouvé cette voix familière avec Le Jeune Loup, premier volet du documentaire consacré au Président Chirac. Il brosse sa jeunesse et son ascension au pouvoir, jusqu'à la présidentielle de 1981.
Dans l'immédiat, je voulais juste par ce billet faire état des similitudes entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, qui m'avaient frappé et amusé pendant ce visionnage. Oh ! certes je ne vous apprends rien et c'est un lieu commun de comparer ces deux "bêtes politiques", pour reprendre le terme consacré. Mais le documentaire Le Jeune Loup renforce encore cette impression.Ces similitudes n'ont rien d'exhaustif, et un examen approfondi des biographies des deux hommes permettraient sûrement d'en trouver d'autres en même temps que de les nuancer. Mais voilà ce qui m'a frappé en regardant ce documentaire :
- un même appétit de pouvoir, très tôt dès la sortie de l'adolescence ;
- un même enthousiasme, une même résistance physique, qui leur ont permis d'affirmer des qualités de leadership, mais ont pu aussi les faire passer pour des agités, des excités, des instables ;
- la même utilisation du MInistère de l'Intérieur : Chirac devient ministre de l'Intérieur en février 1974. Il ne le restera que quelques semaines mais comme le dit une des personnes interviewées (je crois que c'est Pasqua ou Toubon), il fit de ce ministère une place forte en prévision de l'élection présidentielle de 1974. Ca ne vous rappelle rien ?
- une image de traître, acquise par Chirac au moment de l'appel des 43 le 13 avril 1974 (la signature de 39 députés et 4 ministres appelant à soutenir Giscard plutôt que Chaban-Delmas), et acquise par Nicolas Sarkozy en 1995, quand il fit le choix de soutenir Balladur plutôt que son mentor Chirac
- une victoire à la hussarde d'un bastion local : Chirac remporte la mairie de Paris, lors de la première élection municipale en 1977, contre le candidat "officiel" Michel d'Ornano; Nicolas Sarkozy devient maire de Neuilly-sur-Seine en 1983, s'imposant à 28 ans contre un baron du RPR : Charles Pasqua ;
- l'art de la manoeuvre en vue de la conquête d'un appareil partisan : Nicolas Sarkozy chipe l'UMP à son créateur en 2004 ; Jacques Chirac prend la direction de l'UDR en décembre 1974. Comme le dit le commentaire : "Vendredi, Chirac n'était pas membre de l'UDR, le samedi il en est le Secrétaire Général. Brutalité, rapidité, absence d'états d'âmes, Jacques Chirac a fait preuve de toutes les qualités du grand prédateur"
Vous voyez d'autres points communs ?
J'ai hésité à rajouter "les idées politiques" comme similitude, car après tout ils font tous deux partie de la famille gaulliste, Nicolas Sarkozy s'étant engagé très jeune au RPR crée par Chirac. Mais la versatilité de Chirac en matière d'idées politiques rend ce critère trop instable pour en faire un point de comparaison...
J'aurais également pu mentionner qu'ils ont tous les deux fait Sciences Po, mais cela ne me semble pas être un critère décisif pour leur ascension.
D'autant que le documentaire précise que "se retrouvent à Sciences Po les jeunes gens de bonne famille" et qu'on trouve là une différence : Chirac, petit-fils d'instituteurs corréziens monté à Paris pour son lycée, n'aura de cesse de se hisser dans ce monde dont il n'est pas (entre autres grâce à son mariage avec Bernadette Chodron de Courcelles), tandis que Nicolas Sarkozy, fils d'un aristocrate hongrois immigré, naît dans une famille bourgeoise parisienne.
Plus généralement, cette différence dans leur origine est à mon sens importante, et fut à l'avantage de Chirac, qui a pu jouer longtemps de son côté "élu de la terre" et de sa popularité dans le milieu agricole.
Mais j'apprends par le documentaire que son élection comme député de Corrèze en 1966 a fait l'objet d'un parachutage savamment cornaqué par Pierre Juillet : nomination de Chirac à la CODER du Limousin en 1964 [1] puis élection comme sonseiller municipal de Sainte-Féréole en 1965, sans qu'il se soit présenté !! [2]
J'ai hâte de regarder le deuxième volet qui passe ce soir sur France 2, et surtout le débat qui suivra, animé par Yves Calvi, sur le thème du bilan des années Chirac .Je trouve qu'il est vraiment trop tôt pour faire ce bilan. J'apprends par Le Figaro qu'un site internet a même été lancé par 3 députés chiraquiens pour défendre le bilan du Président. Ridicule...

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