Bon en fait, le plaçou je savais déjà vaguement ce que c'était [1] car je l'avais déjà entendu dans la bouche de Michel Charasse, ancien ministre, mitterandien, sénateur du Puy-de-Dôme, et qui doit s'y connaître en plaçou. C'était chez Jean-Michel Apathie, le 10 mai 2006 sur RTL.. L'idée est bien évoqué par le sénateur auvergnat, mais le mot n'est pas cité :
Michel Charasse s'est déridé assez vite. Il avait plein de choses à dire sur l'actualité. "Ségolène Royal, c'est une cossarde, a-t-il attaqué, elle ne travaille pas. Je la connais, j'étais là quand elle était à l'Elysée. (...) Les militants socialistes peuvent investir Ségolène Royal. De toute façon, les militants socialistes ne veulent pas gagner l'élection présidentielle. Les fois précédentes, ils ont trouvé que c'était trop dûr de gouverner. Et puis, ils ont compris que ce n'est pas le président de la République qui nomme les garde-champètres. Alors, ça ne les intéresse pas. Ce qu'ils veulent, c'est que leurs copains dirigent la mairie, ou le conseil régional, pour que leur fils puisse avoir un poste de balayeur, ou alors qu'il puisse obtenir une affectation ici où là pour être avec sa copine."
En fait, c'est 6 jours plus tard, sur le blog de Christophe Barbier, que j'avais trouvé mon plaçou, dans les confidences rapportées de Michel Charasse :
Et l'ancien ministre du Budget de se lancer dans son analyse de la primaire socialiste:"Jospin ne reviendra pas, car il est considéré comme un traître, qui a abandonné ses troupes en rase campagne en 2002. Seul Laurent Fabius peut gagner la présidentielle contre la droite, car il peut rassembler autour de lui la majorité regroupée sur le non à la Constitution européenne. Mais les militants ne le choisiront pas lors de la primaire, car ils n'ont pas envie de gagner en 2007. Ils ont compris que le pouvoir national ne valait pas le pouvoir local, que le Président de la République ne nommait pas aux emplois de garde-champêtre. Or, ce qui compte, c'est les petits "plaçous", les services qu'on se rend localement. Si la gauche gagne en 2007, elle perdra les municipales en 2008 et les régionales et les cantonales en 2010. Les éléphants du parti laisseront donc les militants désigner Ségolène, car elle n'a aucune chance face à Sarkozy. Ainsi, ils pourront dire que la France n'était pas prête à élire une femme."
Donc, nous y voilà : comme souvent pour les mots en argot ou en patois, le plaçou désigne autant le phénomène (le piston), que le bénéficiaire (le pistonné), que le privilège reçu (la panque...). Et le Chirac de l'Hotel de Ville de Paris c'est le paçou dans toute sa splendeur : la transposition de la spécialité corrézienne à l'échelle de la Capitale, dans un système organisé et systématisé de copinages, de retour d'asenceurs, de faux électeurs et tutti quanti [2]
Je déteste entendre les auteurs de telles magouilles être dédouanés au motif que le financement public n'existait pas encore, qu'ils ne se sont pas enrichis personnellement, qu'ils ont fait cela pour leur parti, pour la conquête du pouvoir et non pas pour l'argent. Ce genre d'arguments, on les a entendus pour Xavier Emmanuelli, pour Alain Juppé, et, mardi soir, dans le documentaire Le Vieux Lion, une confidence de Chirac ou d'un de ses proches voudrait convaincre que non, non, Chirac n'aime pas l'argent.
Certes, le Président Chirac n'a pas fait de la politique pour remplir son compte en banque, mais comme le dit le commentaire, "il a vécu sur la bête" : frais de bouche, "vacances de nabab", utilisation des fonds publics pour sa conquête du pouvoir. Ce deuxième volet retrace l'époque la plus récente, et pourtant il donne à voir une manière profondément archaïque d'envisager l'action publique, où biens publics et intérêts privés sont mélangés.
Souhaitons que dans les années à venir émerge une nouvelle éthique du pouvoir. Il est permis d'en douter, en particulier quand le ministre Sarkozy met son ministère au service de la campagne du candidat de l'UMP, ce dont - et c'est encore plus grave - tout le monde se fout royalement complètement. Voilà peut-être ce que 15 ans de Chirac nous laissent de plus déprimant : la mithridatisaiton du pays contre les magouilles. [3]
NB : Si vous voulez avoir une vue complète, claire et synthétique des affaires impliquant Jacques Chirac, je vous renvoie vers le mémoire qui accompagne le recours formé par plusieurs personnalités (Jean Lacouture, Stéphane Hessel, Remy Dreyfus, Janine Tillard, Danielle Delorme) contre le décret de nomination Laurent Le Mesle comme procureur général de Paris. Pierre Birenbaum le propose en téléchargement sur son blog NRV.

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