
Je me rappelle quand j'étais petit, sur le chemin de l'école, un graffiti sur un poteau qui disait "Le Pen, vite!".
Je ne pensais pas que ce slogan, je pourrais l'entendre - ou presque, ou à mots couverts - dans la bouche de responsables socialistes en 2007, pris de panique par la montée de François Bayrou.Si je dis ça, c'est parce que j'ai lu ce weekend 2 déclarations choquantes par lesquelles F. Hollande et S. Royal consacrent Jean-Marie Le Pen comme troisième homme de la campagne, et le réhabilitent au-delà de sa présence dans l'opinion publique.
- François Hollande s'exclame le 14 février sur un plateau de Canal Plus "Le seul troisième homme possible, on le connaît, c'est Le Pen" "Arrêtez de créer d'autres effets"
- Ségolène Royal déclare dans un entretien au Parisien dimanche 24 février " Qui est le troisième homme, honnêtement ? Allons, on sait très bien que c'est Le Pen. Et tout ce qui contribue à disperser les voix de gauche au premier tour favorise l'émergence de ce troisième homme."
Je m'attendais plutôt à les voir se réjouir de la décrue de Le Pen dans l'opinion et se féliciter de ce qu'un homme dont les convictions démocratiques et républicainesne font aucun doute - François Bayrou - soit en ce moment le troisième homme. Mais de peur que le candidat centriste ne devienne le deuxième homme, voilà ces responsables socialistes qui font de la pub pour la menace Le Pen. Menace si confortable pour eux, et si pratique pour dissuader les maires de donner leurs parrainages - et les citoyens de donner leurs suffrages - à d'autres candidats de gauche ! Pour rassembler les troupes derrière Ségolène, agiter "la menace fasciste" fonctionne sûrement mieux que constater la menace centriste...
Ces réactions-compromissions devraient susciter chez les militants socialistes la rebellitude et la condamnation auxquelles ils sont d'ordinaire si prompts à l'encontre des représentants d'autres formations politiques.
Et si j'avais l'oreille de Jean-Marie Le Pen, je lui conseillerais d'aller toquer Rue de Solférino pour trouver quelques parrainages...
Par ailleurs, Bayrou est
entouré de plusieurs "personnalités" qui auraient vraissemblablement
vocation à entrer dans un gouvernement. Je pourrais t'en citer beaucoup
:
Ses plus proches compagnons sont de grands élus expérimentés et compétents, mais qui n'ont pas ou peu accédé à des fonctions ministérielles, c'est vrai.
Mais pense que François Bayrou est attaché à l’ouverture à d’autres formations politiques. Donc beaucoup des membres d’un gouvernement formé sous sa Présidence seraient des gens qui aujourd’hui … ne sont pas derrière François Bayrou. Donc c’est dur de répondre à ta question, car pour Bayrou, l’ouverture n’est pas un artifice électoral comme chez Sarkozy qui essaie de débaucher ici ou là des élus. L'ouverture elle ne peut se faire qu'après les élections, parce qu'elle prend alors en compte la légitimité nouvelle apportée à des personnes et à des idées politiques.
Mais je voudrais aussi répondre à ta question en te disant qu'en accordant une voix à Bayrou, toi, comme moi, et comme tant d'autres, nous "n'embarquons" personne d'autres que Bayrou. Nous n'élisons pas un Premier MInistre. Nous élisons un Président de la République.
2. Ben moi non plus. En l'état actuel, même si je suis plutôt de sensibilité démocrate-chrétienne, je suis dans une hypothèse de vote blanc si Bayrou n’accédait pas au second tour. Parce que Sarkozy c’est pas ma tasse de thé. Mais là encore, dis toi bien une chose Clément : tu donnes ta voix à quelqu'un dimanche 22 avril, mais tu la récupères le lendemain pour la donner à qui tu veux ensuite ! Tu ne te dépouilles pas de ta souveraineté en donnant une voix au premier tour. Tu ne viens pas grossir le butin d'un candidat qui ira le revendre au plus offrant. Je ne sais pas ce que ferait Bayrou dans l’hypothèse de second tour Royal/Sarkozy. Mais le meilleur moyen de ne pas se poser le problème , c'est de tout faire pour qu'il soit au second tour. C'est possible. A mon avis il ne donnera pas de consigne. Je parlais avec Gilles Artigues, député UDF de la Loire, de la situation de mon département aux législatives, et là il me sort "l'UDF a gagné son indépendance, mais nous sommes morts si nous ne présentons pas des candidats aux législatives partout. C'est aussi pour ça que Bayrou n'appellera pas à voter Sarkozy". J'étais bluffé, même si évidemment G. Artigues ne parle pas au nom de Bayrou. Mais c'est quand même un proche...
3. J'en suis très intimement convaincu. D'abord parce que cela se fait dans d’autres pays, cela se fait en France dans les collectivités (intercommunalités par exemple). Enfin et surtout parce que le vote du peuple souverain l’aura demandé (oui ça fait un ringard de parler du peuple souverain, mais parfois il faut revenir aux fondamentaux...). Crois-moi, si Bayrou accède à la Présidence, les élus - de droite comme de gauche – n’hésiteront pas à se rallier à cette vague. Oh pas tous bien sûr, je parie que cette victoire provoquerait une belle scission du PS, l’éclatement en plein vol de l’UMP, et la dissolution de l’UDF dans un ensemble nouveau. Mais les partis, qu’est ce qu’on s’en fout franchement ?
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