interrogation.gif La figure de l'indécis, dont on nous a rebatu les oreilles en fin de campagne, je l'ai toujours abordée avec distance, voire suspicion. Je la vis tantôt comme une ficelle pour vendre du papier, pour relancer l'intérpet du public et l'enjeu de cette élection ; tantôt comme une assurance donnée par les sondeurs, qui semblaient nous dire "eh oh, si on se plante c'est la faute à l'opinion indécise".La faute aux "électeurs insomniaques" comme disait Robert Badinter, qui se tournent à droite à gauche sans pouvoir trouver de position confortable... Je la vis aussi comme largement exagérée, cette part d'indécis : pour moi, beaucoup des indécis étaient de faux indécis, des décidés qui s'ignorent, ou qui préféraient paraître indécis, trouvant dans cette position intermédiaire un confort, une liberté intellectuelle, un certain style. Et pour cette raison, j'espérais que parmi ces faux indécis se trouvaient beaucoup d'électeurs de François Bayrou qui refusaient de (se) l'avouer. Surtout, je ne les comprenais pas ces indécis : comment peut-on, comme je l'ai entendu sur les marchés, hésiter entre Besancenot (vote de coeur), Royal (vote post-21 avril) et Bayrou (vote stratégique, également connu sous le nom de "billard à 3 bandes") ? C'est notre chance et notre malheur à nous militants : nous sommes sûrs. Cette certitude, c'est une force pour avancer, ça peut être une bulle aussi. Mais aujourd'hui, à nous - électeurs de François Bayrou - d'être indécis. Ou plutôt à nous de suivre tout le cheminement qui réduit peu à peu les hypothèses jusqu'à aboutir à un choix, plus ou moins ferme, plus ou moins dégouté. A nous de comparer les programmes. A nous de faire les tests bidons sur Internet. A nous de pondérer les critères qui permettront de choisir sur qui porter notre voix. Pondération cornélienne ! L'économie compte-t-elle plus que l'Europe ? Le programme compte-t-il plus que les valeurs, la personnalité du candidat plus que la qualité de son entourage? A nous d'essayer le billard à 3 bandes, le jeu des cyniques. Entraînement : un échec de Ségolène Royal ferait regretter François Bayrou et nous aiderait à coalescer les électeurs de centre gauche autour du nouveau parti que nous allons créer ; mais un échec de Royal = une victoire de Sarkozy, donc des législatives très dures pour les candidats centristes. A moins que je ne me fie à un mouvement d'humeur, envoyant promener tout cette pesante analyse qui m'attend, et me réfugiant dans un vote blanc. Mais non. Si je vote blanc, ce sera un vote pesé, argumenté, qui ne fera pas l'économie de la réflexion. Un vote blanc de rancoeur serait la pire des choses. Je vais commencer ce travail, en vous livrant - cette fois-ci je m'y tiendrai, si si - des bouts de cette réflexion. Réflexion accompagnée des déclarations de chacun (à commencer par celle de François Bayrou mercredi), de ma participation aux meetings des deux candidats (j'apprends dans cet excellent blog que Sarkozy sera à Bercy dimanche ; Ségolène Royal a-t-elle prévu une escale parisienne elle aussi ?) et du fameux débat dont j'eus tant aimé qu'il soit précédent d'une confrontation à 4 sur Internet. Tant pis.