Précisons d'abord que, s'il mettait souvent en avant la nécessité d'une équipe compacte, c'était toujours en promettant "15 ministres". Entendant cela, beaucoup sont tombés dans le panneau et ont compris que le prochain gouvernement compterait 15 membres. Or, Nicolas Sarkozy ne comptait évidemment pas les Secrétaires d'Etat... D'où les deux manières d'évaluer aujourd'hui cette promesse, au vu du gouvernement Fillon II :
  • certains journalistes, blogueurs, commentateurs (au hasard: Carnet de Subversion, anti-sarko viscéral) ont considéré comme non tenue cette promesse, puisque le gouvernement comporte 32 membres (dont 16 Secrétaires d'Etat sans compter le Haut Commissaire) ;
  • pour d'autres, le Président a parfaitement tenu sa promesse, puisqu'on compte bien 15 ministres,
  Je me classe dans cette dernière catégorie : oui Nicolas Sarkozy a réussi à faire une équipe resserrée. En revanche, il n'opère en rien une rupture (ou alors uniquement par rapport à dérive "inflationniste" des années 1980-1990). En effet, une trentaine de membres était la norme dans les 2 premières décennies de notre régime, et, récemment, il suffit de remonter au gouvernement Raffarin II pour trouver unéquipe de 28 membres !!

Il n'a donc pas fallu attende Sarkozy pour avoir des équipes resserées. M
ais tout de même, il a réussi ce pari, difficile si l'on tient compte des difficultés que posent l'ouverture à la gauche et le dosage entre les composantes de l'UMP. Beaucoup émettaient des doutes sur la faisabilité d'un tel gouvernement, associant ouverture et compacité, comme Versac, ou moi-même dans une précédente note).

J'ai récapitulé dans un graphique la répartition entre Ministres d'Etat, Ministres, Ministres délégués et Secrétaires d'Etat des gouvernements de la Vème République (à l'aide de ces listes Wikipédia ). Je n'ai omis que les petits ajustements mineurs, insuffisants pour parler de remaniement.



Ce graphe nous apprend plusieurs tendances quant à l'évolution de la composition des équipes gouvernementales depuis 50 ans :
  1. un nombre de Ministres stable sur 50 ans : 15 environ. 
  2. une inflation de la taille des équipes due à l'accroissement du nombre de Secrétaires d'Etat à partir des années 1970s, et des Ministres Délégués depuis 1981.
  3. une tendance à l'inflation au fil des remaniements au cours d'une même législature
  4. une évolution de la place et du rôle  des Ministres délégués
  5. une évolution de la place et du rôle des Ministres d'Etat

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Si ça vous intéresse toujours, on détaille quelques points :

1. un nombre stable de Ministres sur 50 ans, une quinzaine.

2. une inflation du nombre de Secrétaires d'Etat à partir des années 1970s, et des ministres délégués depuis 1981.

3. une tendance à l'inflation au fil des remaniements au cours d'une même législature

Chaque premier ministre voit son équipe grossir quand il en change : c'est vrai pour BArre, Mauroy, Rocard, Juppé. Signe probablement que la fin de l'état de grâce et l'usure du pouvoir obligent à chaque fois à en faire profiter un plus grand nombre, pour "tenir les troupes" en vue des élections approchantes.  (Je laisse ceux de mes lecteurs qui en ont les connaissances historiques requises nous suggérer d'autres  explications, mais je ne vois que celle-ci.)

Seuls Pompidou et Jospin ont réussi à contenir l'élargissement de l'équipe (avec une remarquable stabilité pour Jospin, qui à part quelques ajustements, termine le mandat avec la même team qu'au début). C'est d'autant plus louable que la majorité du gouvernement socialiste était une coalition plurielle, et qu'il fallait dont servir le MRC, les Verts, les PRG, le PS, et l'OCI.

La création de l'UMP pourrait bien également - l'avenir le dira - contribuer à la compacité des équipes  gouvernementales : en assurant le contrôle des courants et déchirements de la droite française, peut-être donnera-t-elle les coudées franches au Premier Ministre pour resserrer son équipe (autrement dit pour se permettre d'éconduire de nombreux députés candidats à des portefeuilles ! ).

Le fait d'avoir une majorité confortable à l'Assemblée doit aussi être un facteur facilitant cet effort de resserrement : la palme du gouvernement pléthorique revient au gouvernement Rocard II, à l'époque où le PS n'avait qu'une majorité relative. L'ouverture à d'autres forces s'était alors traduite par une explosion du nombre de portefeuilles, travers qu'à sur éviter le dernier gouvernement. Pour le moment, car on ne sait ce que sera FIllon III : j'imagine bien Sarkozy, après quelques tangages dans la majorité, contraint de distribuer les postes à tous les courants de la droite UMPiste, qui pour l'instant se tait, en attendant que soient pourvues les autres postes prestigieux que la République a à offrir à ses députés : la questure (comme l'évoque Authueil), les Présidences de Commissions, etc. :-)
 

4. une évolution de la place et du rôle  des Ministres délégués

A l'origine au nombre de 2 ou 3, rattachés au Premier MInistre pour des questions transversales (Réforme administrative, Plan, Aménagement du Territoire), ils se multiplient en occupant des portefeuilles de plus en plus variés (Villepin) . Il me semble qu'ils avaient fini par devenir des "Super Secrétaires d'Etat", ayant perdu leur double vocation exceptionnelle et transversale. 

Ils ont disparu avec Fillon II. Ceci traduit la volonté du Président d'avoir des Conseils des Ministres allégés, puisque les Secrétaires d'Etat participent uniquement aux Conseils lorsque des questions les intéressant sont à l'ordre du jour. Donc logiquement les CM de N. Sarkozy devraient rassembler entre 15 et 20 membres en moyenne.
Il faudra voir si cette intention est suivie d'effet ; vu l'importance du Conseil des Ministres de nos jours, il est à mon avis probable que Fillon et Sarkozy cèdent aux caprices des Secrétaires d'Etat plus souvent que de besoin : "Allez, François, laisse-moi venir, je veux être photographié à la sortie du Conseil, euuuhhhh !!!"  "D'accord, mais tiens toi calme". 

5. une évolution de la place et du rôle des Ministres d'Etat

Les Ministres d'Etat ont suivi la piste inverse de celles des Ministres délégués, puisqu'aujourd'hui, la fonction est rare (aucun Ministre d'Etat entre 1995 et 2005) et devenue facultative, alors que dans les premiers gouvernements, les 4 ou 5 principaux portefeuilles avaient tous rang de Ministre d'Etat.

D'ailleurs, les domaines de ces Ministres d'Etat donnent parfaitement à voir les priorités politiques de chaque époque :
  • au début du régime:  la Coopération, les Affaires Algériennes, les DOM ;
  • puis la Réforme Administrative et la Fonction Publique
  • la Fonction publique et le Tourisme à partir de 1968
  • de 1958 à 1968, les Affaires Culturelles
  • Intérieur et Justice sous Chirac-1976, mais Finances et Privatisation sous Chirac-1986
  • etc

Aujourd'hui, la fonction de Ministre d'Etat vient uniquement singulariser un Vice-Premier Ministre, si l'on se fie aux deux dernières utilisation de cette fonction (pour Sarkozy, sous Villepin ; pour Juppé/Borloo, sous Fillon). Mais comme toujours, cela se justifie pour indiquer une priorité de politique publique (le MEDAD sous le gvt Fillon II), et pour des questions d'équilibre entre les poids (lourds!) politiques (ex: Sarkozy sous le gvt Villepin) 

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Au final, il semble que l'on soit passé :
  • d'une répartition originelle (années 1960) où l'on distingue entre d'un côté les Ministres d'Etat pour les gros portefeuilles, et de l'autre les Ministres (les Secrétaires ne représentant que 4 ou 5 postes);
  • à un mode de répartition (depuis les années 1990), où l'on a d'un côté les Ministres, de l'autre les Secrétaires d'Etat (nombreux), la fonction de Ministre d'Etat étant devenue facultative.
 
Voilà quelques pistes de réflexions.
Lachez vos comm', comme on dit sur Skyblog.