Alors bien sûr, quand Bayrou parlait de "rupture" il y a un an, il ciblait d'autres évolutions que celles qui fondent la rupture sarkozienne : pour Bayrou, la rupture prendra corps dans des institutions renouvelées et dans une éthique du pouvoir plus rigoureuse, alors que Sarkozy, lui, veut "rupturer" les blocages sociaux et économiques qui grèvent notre société. Je crois que les deux candidats s'adressent pour le moment à deux électorats "réformateurs" distincts qui placent leurs attentes prioritaires soit dans le domaine politique (au sens large), soit dans le domaine économique. Malgré tout, grand bien nous a fait d'abandonner la thématique de la rupture :

  • si l'histoire électorale doit nous apprendre quelque chose concernant l'antienne de la rupture, c'est qu'elle est d'autant plus répétée, appuyée, exploitée par un candidat que celui-ci est proche du pouvoir. Or on peut compter sur Sarkozy, candidat du pouvoir s'il en est (ministre depuis 2002, président du parti majoritaire, et - on l'oublie trop souvent - déjà quasi-Vice Premier Ministre de Balladur de 1993 à 1995) pour marteler cette thématique jusqu'à outrance. La concurrence frontale n'est pas une option souhaitable.
  • surtout, l'ambition de l'UDF et de François Bayrou pour la France ne passe pas par la rupture. Bien au contraire ! Cette ambition est de l'ordre du rassemblement et d'une démarche de changement nouvelle.

La question mérite d'être posée : Nicolas Sarkozy pourra-t-il seulement mettre en oeuvre sa "rupture" s'il est élu ? Ce sera à mon sens une des grandes faiblesses du candidat : il fait peur à une part importante de la population et aura du mal à construire une image de rassembleur, ce qui obère ses chances de mettre en places les réformes par lui proposées.

Au fond, la vraie rupture se situe dans la méthode proposée et non dans la radicalité ou l'originalité des mesures proposées D'autres ont déjà, mieux que Nicolas Sarkozy, pointé du doigt les blocages de notre société et les réformes à mener. Les solutions sont connues ; manque un chemin nouveau pour y parvenir. Là sera la vraie différence de François Bayrou, et là sera sa chance. En proposant un rassemblement des forces réformatrices dans un gouvernement d'union nationale, en proposant une utilisation du referendum pour lever les blocages de la société, il se distingue nettement des autres candidats, et il est le seul [1] à avoir la ténacité et le courage de dessiner ce chemin.
C'est ça, la rupture.

Notes

[1] avec Christian Blanc quand même, soyons honnêtes