François Bayrou à Gergovie
Billet publié sur le miliblog de Fluctuat.

Après mon compte rendu subjectif du meeting de Nicolas Sarkozy
à la Porte de Versailles, je choisis de vous raconter une autre
expérience militante, puisque j'étais présent au meeting que François
Bayrou tenait à Clermont-Ferrand vendredi 19 janvier, mais ce discours
permet aussi de cerner les thèmes chers au candidat.
C'est la Grande Halle d'Auvergne, l'une des grandes réalisations de
VGE pour sa région chérie, qui accueillait le candidat centriste. Pour
la petite histoire, j'ai commencé par patienter dans une interminable
file d'attente, parmi une population très jeune. Imaginez la joie du
militant devant un tel engouement pour "son" candidat. Joie de courte
durée, puisque je me rendai vite compte que la file menait à la plus
grande salle du complexe, qui recevait ce soir-là Pascal Obispo.
Concurrence déloyale... Le meeting UDF était dans une salle moyenne,
mais qui était pour le coup bondée (1000 personnes au moins).
Qui taxe Bayrou de démagogie aurait dû venir écouter ce discours exigeant, qui ne cédait rien aux facilités de l'exercice (il peut être écouté sur Dailytube, et des photos sont dispos sur le site de campagne). Pendant
1h30 d'un discours sans notes, Bayrou a en effet mis le doigt là où ça
fait mal, en insistant sur la lutte contre les exclusions et l’urgence
de la réduction de la dette.
Il a commencé par raconter les deux jours passés à Clermont-Ferrand
autour de la thématique exclusion, avec Pharmaciens Sans Frontière,
puis dans un centre d’accueil pour SDF et enfin une maison de retraite
médicalisée. Ce choix de discours est courageux. Il ne choisit pas la
voie facile - pour enflammer la salle, surtout quand il pointe du doigt
les faiblesses de chacun vis-à-vis des exclus (« Le responsable d’un centre d’accueil me disait : « Il arrive qu’on leur donne une pièce, mais jamais un regard ». Et ceci est notre vie à chacun»).
Et
puis la dette a constitué un autre pan important du discours. Là encore
choix courageux. Sincèrement, je ne vois pas d'autre candidat que
Bayrou qui dit aux Français l’urgence de réduire une dette publique,qui
pompe la totalité du produit de l’impôt sur le revenu. J'ai été déçu de
ne pas entendre Sarkozy ne serait-ce qu'évoquer le problème dans son
discours à la porte de Versailles. Aucun autre candidat ne s’engage à ne pas faire dans la campagne de coûteuses promesses.
Ce discours permet d’esquisser les thèmes chers au candidat :
- la réduction de la dette,
- la libération des énergies des PME,
- la priorité donnée à l’éducation,
- une éthique du pouvoir démocratique (j’y englobe de nouvelles institutions et rapports entre gouvernants et gouvernés),
- enfin une méthode nouvelle (rassemblement transpartisan et referendum) pour faire passer les réformes qui font mal.
J’insisterai dans les semaines qui viennent sur chaque thème dans
un billet programmatique, ou même dans plusieurs, pour faire durer le
plaisir.
En attendant, j’aimerais de manière plus légère vous
donner le TOP 3 des propositions qui ont suscité les applaudissements
de la salle :
- La réduction de la dette : Je n’en revenais
pas, mais la proposition d’inscrire dans la Constitution l’interdiction
de recourir à l’emprunt pour les dépenses de fonctionnement plaît.
C’est celle qui a déclenché la première salve d’applaudissement. On
croit le sujet technique, aride, mais pas du tout. Certes, devant un
public auvergnat tout ce qui va dans le sens d’une gestion en bon père
de famille ne peut que plaire !
Mais François Bayrou a bien montré
que gérer un pays impose aussi des impératifs d’investissement qui, eux
seuls, légitiment le déficit public. - La simplification administrative : rien de particulièrement novateur dans ce domaine, et je crois que l’action et la méthode des petits pas mise en place par JF Copé va dans le bon sens. Notons que François Bayrou propose de rassembler des comités d’usagers pour décider, avec ceux qui les utiliseront, des simplifications à apporter aux formulaires.
- Un service civil universel et obligatoire : l’UDF le propose depuis la campagne de 2002, l’idée commence à passer. Mais dans l’assemblée, les têtes étaient plutôt chenues : les applaudissements auraient-ils été aussi nourris devant un parterre de jeunes ? Je crois que oui : si Bayrou est depuis longtemps pour un service civi, ce sont les Jeunes UDF qui militaient pour qu'il ajoute "obligatoire".
NB : j'ajoute quelques mots par rapport à mon billet publié sur Fluctuat. La Grande Halle se situe à quelques pas de la où se situait la plaine de Gergovie, où Vercingétorix remporta une victoire légendaire contre les légions romaines ! Michel FANGET, président de la fédération UDF 63 et candidat en 2001 (et en 2008 aussi probablement) à la mairie de Clermont-Ferrand, y a fait allusion dans son introduction, en expliquant que "Vercingétorix était assailli sur sa gauche, sur sa droite, mais a remporté quand même la victoire".

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