Tabernacle, encore une gaffe !
Quand
j'ai appris la dernière bourde diplomatique de la candidate socialiste,
j'ai en premier lieu eu une certaine indulgence. Entendant à la radio
que Ségolène Royal venait de se prononcer pour l'indépendance de la
Province de Québec lors d'un déplacement au Canada, je ne me suis pas
étonné outre-mesure d'une position déjà affirmée par le général De Gaulle en 1967.
Disons que le Québec est une province pour laquelle les Français, je
crois, éprouvent une grande affection. Elle doit représenter dans notre
imaginaire l’incarnation de la francophonie, de cette ambition
universelle de la France. En plus, cette revendication d’indépendance
s’exerce contre un gouvernement fédéral anglophone :
l’anti-américanisme français de base doit donc pousser certains à
soutenir la Province dans des velléités d'indépendance.
Mais c’est en visionnant les images de la déclaration (ici dans un reportage de la télévision québecoise) que mon opinion a changé. Ces images aident à comprendre l’amateurisme dont cette position relève, et la légereté avec laquelle elle a été formulée.
Je vous raconte la scène : Segolène Royal sort d’un bureau, croise un journaliste qui l’interroge sur la souveraineté. ("Quelles sont vos affinités avec la question de la souveraineté du Québec?") Avec une syntaxe hasardeuse, elle entame une phrase ("Ah ah, elles sont... euh ... conformes aux valeurs ... qui sont nous sont communes..."), qui termine de manière improbable par un appel à la souveraineté du Québec ("...c'est-à-dire la souveraineté et la liberté du Québec"). C’est suffisamment clair pour susciter la colère des responsables politiques au Canada, suffisamment fumeux pour que l’équipe de campagne tente vainement de rattraper le coup.
Je suis frappé par la légerté avec laquelle la candidate s’exprime sur de tels sujets. C’est balancé comme ça, l’air de rien, hors de tout discours structuré, de toute stratégie réfléchie, de toute vision du monde construite. A la manière dont elle parle de débats participatfis ou d’expetise citoyenne. A la manière dont elle sert le genre de ségoulinades qui lui permettent d'esquiver les questions des journalistes (comme hier au micro de JP Elkabbach sur les questions économiques).
Sauf qu’en l’espèce il s’agit d’un sujet très sensible. Il y a quelques mois, la Chambre des Communes canadienne a voté une résolution proclamant que les Québecois forment une nation au sein du Canada.
Elle a suscité de vifs débats, provoqué la démission d'un ministre, et
relancé l'hypothèse d'un troisième referendum, après les deux premiers
qui rejetèrent l'indépendance en 1980 et 1995. Et au détour d'un
couloir, la candidate socialiste se prononce sur ce sujet avec des
termes assez radicaux ("liberté"). Imagine-t-on Zapatero, sur la plage,
s'interroger sur la légitimité du pays Basque à demander son autonomie,
ou Berlusconi, sortant de repas, appuyer l'indépendantisme corse ?
N'est pas De Gaulle qui veut; on le savait déjà. Mais avec cette
épisode, ceux qui en doutaient encore ont la confirmation que n'est pas
candidat à la Présidence de la République qui veut. Quand bien même
investi par 108 000 militants socialistes.

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