Je vous raconte la scène : Segolène Royal sort d’un bureau, croise un journaliste qui l’interroge sur la souveraineté. ("Quelles sont vos affinités avec la question de la souveraineté du Québec?") Avec une syntaxe hasardeuse, elle entame une phrase ("Ah ah, elles sont... euh ... conformes aux valeurs ... qui sont nous sont communes..."), qui termine de manière improbable par un appel à la souveraineté du Québec ("...c'est-à-dire la souveraineté et la liberté du Québec"). C’est suffisamment clair pour susciter la colère des responsables politiques au Canada, suffisamment fumeux pour que l’équipe de campagne tente vainement de rattraper le coup.

Je suis frappé par la légerté avec laquelle la candidate s’exprime sur de tels sujets. C’est balancé comme ça, l’air de rien, hors de tout discours structuré, de toute stratégie réfléchie, de toute vision du monde construite. A la manière dont elle parle de débats participatfis ou d’expetise citoyenne. A la manière dont elle sert le genre de ségoulinades qui lui permettent d'esquiver les questions des journalistes (comme hier au micro de JP Elkabbach sur les questions économiques).

Sauf qu’en l’espèce il s’agit d’un sujet très sensible. Il y a quelques mois, la Chambre des Communes canadienne a voté une résolution proclamant que les Québecois forment une nation au sein du Canada. Elle a suscité de vifs débats, provoqué la démission d'un ministre, et relancé l'hypothèse d'un troisième referendum, après les deux premiers qui rejetèrent l'indépendance en 1980 et 1995. Et au détour d'un couloir, la candidate socialiste se prononce sur ce sujet avec des termes assez radicaux ("liberté"). Imagine-t-on Zapatero, sur la plage, s'interroger sur la légitimité du pays Basque à demander son autonomie, ou Berlusconi, sortant de repas, appuyer l'indépendantisme corse ?
N'est pas De Gaulle qui veut; on le savait déjà. Mais avec cette épisode, ceux qui en doutaient encore ont la confirmation que n'est pas candidat à la Présidence de la République qui veut. Quand bien même investi par 108 000 militants socialistes.

Billet publié sur le blog des Jeunes UDF de Paris