Et si Bush bombarde l'Iran ?
Conversation hier avec un ami journaliste : on parle des 14% de Bayrou et des signatures de Le Pen. Et puis lui : "mais si Bush bombarde l'Iran au printemps, tout peut changer"
C'est vrai ça. Une crise internationale rebattrait les cartes. Ce serait le deus ex machina
qui bouscule la pièce de théâtre. Oublié Gérald Dahan, oublié le Québec
et la bravitude, oubliés les RG. Mais quel serait l'impact d'une telle
crise sur la scène politique française et sur la campagne ? (Pour ceux
qui verraient là de la politique-fiction, rappelons que fin décembre
les Nations Unies ont voté la résolution 1737 qui définit des sactions
contre l'Iran, qui a ensuite refusé la visite des inspecteurs de
l'AIEA. Ca vous rappelle quelque chose ?)
En général, une telle crise a pour effet de recentrer l'attention sur l'exécutif et de re-bipolariser le débat.
Ceci pourrait selon certains remettre en scène Jacques Chirac pour l'élection présidentielle. Je n'y crois pas.
D'autant que l'action de Chirac sur la scène internationale ces tout derniers jours a connu quelques ratés... On parle des bourdes de Ségolène Royal, alors parlons aussi de celles de Chirac.
Dans une interview accordée mardi à des journaux français et étrangers sur les problèmes environnementaux, le Président de la République a minimisé le danger d'un Iran nucléaire, tout en prévenant, en des mots forts peu diplomatiques, que "Téhéran serait rasé" si une bombe était lancée.
Ces propos sont en opposition totale avec la position française qui consiste à prôner la voie diplomatique, mais en restant extrêmement ferme quant au refus de l’arme nucléaire iranienne. Or là, à entendre le Président Chirac, la diplomatie française devient « Tu peux l’avoir ton jouet, mais t’vas voir ta gueule si tu t’en sers ».
Ces propos sont surtout incompatibles avec l’art de la diplomatie, puisque, comme le rappelait Stéphane Marchand dans l’édito du Figaro la semaine dernière, « Un diplomate, c'est quelqu'un qui réfléchit deux fois avant de ne rien dire. »
Sans compter que, comme me l'apprend Daniel Schneiderman, le New York Times rapporte de détails assez saignants sur l'âge du capitaine:
"In the first interview, which took place in the late morning, President Chirac appeared distracted at times, grasping for names and dates and relying on advisers to fill in the blanks. His hands shook slightly. When he spoke about climate change, he read from prepared talking points printed in large letters and highlighted in yellow and pink."
Tout ça n’est pas de nature à nous rassurer, donc.
Pas plus que les deux candidats en tête des intentions de vote. En effet, une crise internationale fait passer le débat politique au second rang, et conduit en cas d'élection imminente à une re-polarisation du débat politique autour des principales forces politiques, les plus installées. Et franchement, ni Ségolène Royal ni Nicolas Sarkozy ne me convainquent sur leur capacité à gérer une crise internationale.
D’un côté Ségolène Royal qui n'y connait rien, et qui tantôt ouvre la bouche au mauvais moment (Québec) et tantôt se tait dans des pays où le silence devient complice (Chine). De l’autre Nicolas Sarkozy, dont je doute de la capacité et de la volonté d’affirmer une voie française face aux néoconservateurs américains. (Et puis, comme le disent des militants UDF au micro d’une journaliste du Monde, "nous ne voulons pas confier les codes nucléaires à Nicolas Sarkozy" !!)
Finalement, même si François Bayrou n'a pas le carnet d'adresses internationales de Chirac, et s'il doit dans cette campagne encore faire ses preuves à l'étranger, je trouve qu'il a déjà pour lui une détermination de fer, une image rassurante et une conduite prudente qui comptent beaucoup dans des situations de crise. Surtout, il souhaite plus que quiconque associer nos partenaires européens à toute gestion de crise internationale.
Et vous, comment le verriez-vous en chef de la diplomatie française ?

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