Les Anglais ont une belle expression : "to pay lip service to something"

Par cette expression journalistique et difficile à traduire en français, on peut signifier qu'une personne approuve du bout des lèvres une cause ou une politique, mais plus souvent on insinue qu'elle s'en débarrasse par quelques phrases y rendant hommage dans une allocution. Le Larousse en donne une bonne traduction : "servir en paroles la cause de...". Ainsi un rapide coup d'oeil sur Google nous en fournit des exemples dans la presse américaine : on fait du "lip service" au développement durable, à la proliferation nucléaire, aux Latinos, etc.

En France, on fait du "lip service" pour la réduction de la dette publique.C'est à cette expression anglaise que j'ai pensé en écoutant le discours de Ségolène Royal à Villepinte : l'entendre aborder la présentation de son projet par les enjeux de la maîtrise des finances publiques m'avait agréablement surpris, mais j'ai compris à la litanie des promesses qui suivit que ce n'était là qu'une précaution d'usage, un passage obligé.

Son projet coûterait, selon les estimations de la cellule de chiffrage de débat2007, reprises par Le Monde, 53 milliards d'euros, et celui de Nicolas Sarkozy 50 milliards auxquels il convient de rajouter 70 milliards de baisses des recettes sur 5 ans. Thomas Piketty pointe le caractère illusoire d'une telle diminution des recettes, Patrick Artus "renvoie M. Sarkozy et Mme Royal à leur copie", et Pierre-Luc Séguillon trouve le mot juste en parlant de "frivolité des candidats" dans leurs propositions.

Certes, les propositions complètes de François Bayrou n'ont pas encore été rendues publiques, et leur chiffrage comme les commentaires qui les accompagneront non plus. Mais le candidat centriste est indéniablement celui des candidats qui a jusqu'à présent fait de l'évocation de la dette un thème central de son projet et de ses interventions publiques. (cf video ci dessous)
C'est courageux. Un candidat n'a rien à gagner à le faire, ou en tous cas moins qu'en faisant des promesses par dizaines : c'est pas marrant la dette, aborder le sujet oblige à jeter un regard sur nos faiblesses collectives, sur notre laxisme national. Ethique de responsabilité que cette attitude.

Mais qui sait, il se peut que la candidate socialiste ait raison.
Peut-être la simple évocation de la dette suffira-t-elle à la réduire !
Peut-être la méthode Coué est-elle transposable à la gestion des deniers publics ! ("Répétez chaque jour: la dette recule, la dette recule") .
Peut-être l'incantation tiendra-t-elle lieu de discipline budgétaire : Vadete retro, deficitas !