Les deux protagonistes de la vidéo ont réagi :
  • Marielle de Sarnez a pointé les risques que se crée "un délit d'opinion", jugeant "extrêmement choquante" la suspension du journaliste par France Télévisions et estimant même qu'"en France, on peut soutenir Sarkozy et Royal, mais pas Bayrou"
  • Alain Duhamel, ce matin au micro de JM Apathie revient sur les raisons officieuses de la décision de la direction de France Télévisions : la Société des Rédacteurs, "qui a toujours été minable", voulait sa peau depuis longtemps et y trouve un prétexte avec cet épisode; son maintien à l'antenne était rendu d'autant moins possible que son frère Patrice Duhamel est n°2 de France Télévisions. La décision, prise par lui et RTL, de supprimer sa chronique matinale sur la radio pirvée apparaît comme une conséquence de la décision de France Televisions. Il continuera néanmoins à participer aux émissions politiques de RTL "de façon contradictoire". Il estime aussi que les propos tenus à Sciences Po en novembre dernier étaient privés, et ont été mal interprétés : en disant "je voterai pour lui", il aurait voulu signifier son soutien à Bayrou sur la seule thématique de l'Europe...

La leçon de cet épisode médiatique, c'est l'incroyable force des blogs et de la video sur internet. Loic Le Meur renvoie avec bonheur à sa note intitulée "La fin du off" rédigée au moment de la diffusion de la vidéo de Ségolène Royal sur les profs et les 35 heures. On savait qu'Internet bouleversait les règles de la campagne politique (allez lire larticle du NY Times "The Youtube election"). Preuve en est qu'elle bouleverse aussi les règles de conduite des journalistes. Pierre-Luc Séguillon (LCI) écrit : "Filmée, diffusée, répercutée sur la toile, cette confidence engage-t-elle publiquement son auteur ? Oui, peut-être, mais à son insu et contre son gré. La morale de cette histoire est que le net devint une sorte de Big Brother dont il convient de ce méfier comme la peste ! En tout cas un outil qui boulverse toutes les règles journalistiques!"

Pourtant, même sans Internet, Alain Duhamel sait ce qu'est le off et ce qui est public. Une conférence donnée à Sciences Po n'a rien du off, n'a rien de privé à mes yeux. Une telle conférence implique d'intervenir devant un public d'étudiants, mais aussi souvent de non-étudiants (des militants étaient présents dans la salle, des journalistes s'incrustent parfois) qui peuvent ensuite rapporter et diffuser des propos qui avaient été tenus dans un cadre académique et devant un public estudiantin.
En outre, la vidéo n'est pas prise par un petit Nokia discret, perdu dans la foule des étudiants : elle vient clairement d'une des nombreuses caméras dont Sciences Po a équipé depuis quelques années tous ses amphis. D'ailleurs les Jeunes UDF de Paris, qui sont à l'origine de la diffusion de la vidéo de 6 minutes (où Alain Duhamel, s'il avoue voter pour Bayrou, fait surtout une analyse très mitigée sur le candidat centriste), ont aussi et surtout mis en ligne l'intégralité d'un débat sur l'Europe tout à fait passionant.

Libéré de ces contraintes quoitidiennes sur RTL, j'espère que Duhamel mettra ce temps à profit pour faire campagne pour François Bayrou pour tenir un blog. Il pourra ainsi nous faire profiter de la sagacité de ses analyses (que l'on pourra aussi lire dans Libération; allez d'ailleurs lire ce très bon article "La chevenementisation de Segolène Royal").