Réponses à un militant PS tenté par le vote Bayrou
Bon d'abord, désolé j'étais peu présent sur le blog cette semaine. Trop boulot, j'étais sous l'eau. Fluctuat et mergitur, donc :-)
Je voudrais répondre (un peu longuement) à un commentaire laissé suite à mon billet "Alain, lance un blog ». Voilà le commentaire :
"Bruno, j'ai une question à te poser très importante à mes yeux. J'ai plutot une sensibilité PS mais voilà, Ségolène est affligeante, je suis à 90% certain de ne pas voter pour elle et je pense reporter mon vote sur bayrou. Mais il y a 3 trucs qui me dérangent.
1- bayrou semble assez seul dans son parti du coup, si je vote bayrou, je ne vois pas qui d'autres personnalités j'"embarque" dans mon vote. peux tu m'éclairer?
2- je n'ai pas envie de voter bayrou si il doit s'allier à sarko après le second tour (en supposant qu'il n'ait pas passé le premier). penses tu qu'il puisse y avoir alliance?
3- crois tu réellement qu'il soit possible en pratique que des gens de gauche et de droite s'allient pour former un gouvernement sous la présidence de bayrou?"
D'abord, je vais jouer ma Ségolène : merci de me poser
ces questions, ce sont de très bonnes questions. Je vais y répondre
dans l'ordre (juste, évidemment) :
1. Je comprends ta première question à trois niveaux.
Bayrou
n'est pas seul dans son parti, si c’est ce que tu veux dire. C'est au
contraire un des candidats qui fait au sein de son mouvement l'objet du
plus grand enthousiasme, du plus franc soutien. Je compte extrêmement
peu de « Robienistes », par exemple.
- Hervé Morin (président du groupe UDF à l’Assemblée Nationale, très populaire dans le parti),
- Marielle de Sarnez (députée européenne),
- Jean-Louis Bourlanges (député européen),
- Jean-Marie Cavada (député européen, ancien Président de Radio France)
- Jean-Christophe Lagarde (jeune député-maire de Drancy, qui représentait la minorité "noniste" de l'UDF en 2005, et intervient souvent sur la crise des banlieues)
- Et d'autres….
Ses plus proches compagnons sont de grands élus expérimentés et compétents, mais qui n'ont pas ou peu accédé à des fonctions ministérielles, c'est vrai.
Mais pense que François Bayrou est attaché à l’ouverture à d’autres formations politiques. Donc beaucoup des membres d’un gouvernement formé sous sa Présidence seraient des gens qui aujourd’hui … ne sont pas derrière François Bayrou. Donc c’est dur de répondre à ta question, car pour Bayrou, l’ouverture n’est pas un artifice électoral comme chez Sarkozy qui essaie de débaucher ici ou là des élus. L'ouverture elle ne peut se faire qu'après les élections, parce qu'elle prend alors en compte la légitimité nouvelle apportée à des personnes et à des idées politiques.
Mais je voudrais aussi répondre à ta question en te disant qu'en accordant une voix à Bayrou, toi, comme moi, et comme tant d'autres, nous "n'embarquons" personne d'autres que Bayrou. Nous n'élisons pas un Premier MInistre. Nous élisons un Président de la République.
2. Ben moi non plus. En l'état actuel, même si je suis plutôt de sensibilité démocrate-chrétienne, je suis dans une hypothèse de vote blanc si Bayrou n’accédait pas au second tour. Parce que Sarkozy c’est pas ma tasse de thé. Mais là encore, dis toi bien une chose Clément : tu donnes ta voix à quelqu'un dimanche 22 avril, mais tu la récupères le lendemain pour la donner à qui tu veux ensuite ! Tu ne te dépouilles pas de ta souveraineté en donnant une voix au premier tour. Tu ne viens pas grossir le butin d'un candidat qui ira le revendre au plus offrant. Je ne sais pas ce que ferait Bayrou dans l’hypothèse de second tour Royal/Sarkozy. Mais le meilleur moyen de ne pas se poser le problème , c'est de tout faire pour qu'il soit au second tour. C'est possible. A mon avis il ne donnera pas de consigne. Je parlais avec Gilles Artigues, député UDF de la Loire, de la situation de mon département aux législatives, et là il me sort "l'UDF a gagné son indépendance, mais nous sommes morts si nous ne présentons pas des candidats aux législatives partout. C'est aussi pour ça que Bayrou n'appellera pas à voter Sarkozy". J'étais bluffé, même si évidemment G. Artigues ne parle pas au nom de Bayrou. Mais c'est quand même un proche...
3. J'en suis très intimement convaincu. D'abord parce que cela se fait dans d’autres pays, cela se fait en France dans les collectivités (intercommunalités par exemple). Enfin et surtout parce que le vote du peuple souverain l’aura demandé (oui ça fait un ringard de parler du peuple souverain, mais parfois il faut revenir aux fondamentaux...). Crois-moi, si Bayrou accède à la Présidence, les élus - de droite comme de gauche – n’hésiteront pas à se rallier à cette vague. Oh pas tous bien sûr, je parie que cette victoire provoquerait une belle scission du PS, l’éclatement en plein vol de l’UMP, et la dissolution de l’UDF dans un ensemble nouveau. Mais les partis, qu’est ce qu’on s’en fout franchement ?

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