Ca fait quoi un Ministre de l'Identité nationale ?
Jeudi
soir sur France 2 , Nicolas Sarkozy a fait part de son intention de
créer un Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale.
Je trouve qu'une réflexion est nécessaire sur le nombre et les périmètres des ministères: je ne sais plus de quel(s) candidat(s) elles viennent, mais les propositions visant à rassembler les administrations chargées de l'Environnement et celles chargées de l'Industrie (à moins que ce ne soit celles des Transports ?) me sembles bonnes, de même que l'unification de la Jeunesse et des Sports sous l'autorité d'un seul et même Ministre. François Bayrou avait été de même le premier à proposer en 2002 la création d'un grand Ministère de la Sécurité Intérieure permettant entre autres une meilleure coordination des forces de police et de gendarmerie.
Ce qui me déplait à l'inverse, c'est la tradition qu'ont les chefs d'Etat français de
sortir de leur chapeau des nouveaux Ministères ou Secrétaires d'etat
pipeaux, sans administration ni parfois de mission précise, uniquement
pour des préoccupations d'affichage politique. C'est un
travers de tous les gouvernements, depuis le Ministère du temps libre
(quel nom ridicule) en 1981, jusqu'auSecrétaire d'Etat aux Programmes
Immobiliers de la Justice (2002) ou au Ministère délégué à la Promotion de l'égalité des chances (vaste programme !) en 2005.
J'y vois le même travers que dans l'inflation législative maintes fois condamnée par les plus hautes juridictions :
de la même façon qu'on vote certaines loi pour montrer qu'on agit,
qu'on fait quelque chose, on crée un Secrétariat d'Etat pour témoigner
d'une priorité politique. Devant une telle inflation, certains (désolé
je ne retrouve plus la source) ont proposé de constitutionnaliser la
composition du gouvernement. Il me semble inutile d'aller jusque-là.
Une volonté forte de rendre le travail gouvernemental plus efficace
devrait suffire comme chez la plupart de nos voisins européens, à
standardiser la composition des gouvernements et à limiter les
fluctuations des primètres de Ministères, au lieu que se multiplient
des portefeuilles dépourvus de réelles administrations.
Nicolas Sarkozy semblait aller de prime abord aller dans le bon sens jeudi soir sur France 2, en affirmant sa volonté de limiter à 15 le nombres de Ministres. Et puis patatra ! il annonce son idée de Ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale.
Au-delà des critiques vives que suscite cette déclaration (pour Marie-George Buffet, "accoler immigration et identité nationale renvoie aux épisodes les plus sombres de notre histoire"), je me pose la question : qu'est-ce que ça fait un Ministre de l'Identité Nationale ? Il arrive au Gouvernement, il s'attèle à quel dossier ? A part charmer les électeurs d'extrême-droite pour qu'ils votent "bien" aux élections législatives de 2007 et locales de 2008, il fait quoi?
Il change les paroles de la Marseillaise ? Il se gargarise de laïcité et de valeurs républicaines ?
Peut-être met-il en place des programmes renforcés de cours de Français pour les immigrants qui ne parlent pas notre langue. Mais dans ce cas-là, il existe un truc wouachement bien qui s'appelle l'Education Nationale qui pourrait s'en occuper.
Ils porteront sur quoi, les projets de loi du Ministre de l'Identité Nationale : sur le "rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord"?
Au final, je crois que Nicolas Sarkozy cède, déjà, à un penchant qu'il condamne : faire de la composition d'un gouvernement un outil de communication politique. Sur le strict plan de la cohérence gouvernementale, cette annonce présage mal de l'avenir s'il devient Président. J'imagine déjà un Secrétaire d'Etat à l'Amour de la Nation, un autre à la Discrimination positive, un autre à l'Exil fiscal, etc.
Et puis il faudra bien contenter toutes les composantes de l'UMP, et Santini, et Blanc, et Steevy, etc. Comme le disait Versac le mois dernier après le discours de Sarkozy sur le débauchage l'ouverture:
Sarkozy évoque l'idée de former un gouvernement d'ouverture s'il est élu. Soit. Il va donc inviter un centriste et une "personnalité de la société civile" parmi les 15 ministres qu'il a promis de ne pas dépasser dans son gouvernement ? Pas facile, a priori, de concilier ouverture, compacité de l'équipe et efficacité.

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