J'étais hier au Conseil National de l'UDF à la Mutualité, salle parisienne mythique où l'UDF a l'habitude d'organiser depuis quelques années celles de ses rencontres et meetings qui se tiennent à Paris (alternativement avec le Palais des congrès d'Issy-les-Moulineaux).

Un mot sur l'instance

Un Conseil National, c'est une des instances de l'UDF, dont la mission est, selon l'article 8 des status de notre parti, de "définir la politique générale de l'UDF dans les programmes qu'il approuve et dans les motions qu'il vote.". Il se compose d'un collège de membres de droits rassemblant large puisqu'il comprend tous les élus nationaux et locaux (sauf les conseillers municipaux), et un collège de membres élus dans chaque fédération à raison d'un conseiller pour 10 adhérents. Il est convoqué par le Président ou la majorité des membres du Bureau Politique. Le dernier avait eu lieu en juin 2006, et avait donné lieu à de mémorables moments où Hervé Morin et Maurice Leroy condamnaient avec les mots les plus durs l'attitude de Gilles de Robien et défendaient avec ferveur la ligne centriste de l'UDF. Mais c'était il y un an, et en politique, un an c'est un siècle, c'est une éternité. [1]

J'arrive vers 10h. Beaucoup de monde à l'entrée. Je remarque quelques hauts fonctionnaires que j'ai croisés dans mes études (sont-ce eux, les Gracques ? ). Dans la salle, Bayrou a commencé son discours. Je remarque que devant sa chaise, sur la table de tribune, trône son Macbook noir. Il ne peut plus s'en séparer décidémment !! A-t-il l'intention de surveiller l'arrivée d'une dépêche annonçant un nouveau ralliement ou une défection supplémentaire ? Veut-il se tenir au courant du dernier état des demandes de pré-adhésion au Mouvement démocrate, dont il nous donna avec gourmandise les chiffres à la fin de son discours (22000 demandes depuis le second tour...) ? Ou peut-être est-ce une précaution pour pouvoir s'occuper utilement pendant certaines interventions, puisque dans un Conseil National, chacun peut demander son tour de parole, sans toujours qu'elles apportent beaucoup d'eau au moulin...

Bilan de l'intervention de Bayrou

Les satisfactions

  • il dissipe une première rumeur : la marque " UDF " ne saurait appartenir à d'autres personnes que... les militants. Il confirme que la marque a été déposée par un membre de l'UMP, qui avait quitté l'UDF depuis 2 ans, et sans qu'il n'ait été mandaté pour ce faire par une quelconque instance du parti. Il nous donne ainsi, je crois, un des arguments que pourrait utiliser Michel Mercier, car François Bayrou lui a demandé d'initier des poursuites judiciaires pour "mettre un terme à cet abus de confiance". Il a raison.
  • il dissipe une deuxième rumeur, qui inquiétait beaucoup de militants, à en juger par les applaudissements qui accueillirent cette précision : aucune négociation avec le PS n'est en cours; Pas un mot, pas une phrase. Nada.
  • deux standing ovations : quand il affirme l'urgence de faire émerger des nouvelles têtes et conseiller de ne pas se préoccuper des sortants mais des "entrants" ; quand il affirme ne pas avoir envie de faire de l'UDF un supplétif du PS après avoir l'avoir été si longtemps de l'UMP.
  • il fait non de la tête quand Corinne Lepage parle "d'opposition" (même si en l'espèce elle parlait d'opposition constructive) : il a raison, le MD n'a pas vocation à faire partie de l'opposition. Ni de la majorité d'ailleurs... Faudra-t-il que, comme l'a décider le CSA dans en juin dernier à propos du temps de parole des députés UDF , "l'appartenance à la majorité ou à l'opposition parlementaire s'applique à des personnalités et non à des formations politiques?"
  • j'ai aussi apprécié que Bayrou fasse cesser les sifflets, pour que nous présentions l'image d'un "mouvement ouvert d'avant-garde ouvert au débat.
  • le Conseil National a été amené à voter sur une résolution qui ne crée pas le Mouvement Démocrate mais "appelle à la constitution d'une force politique nouvelle, indépendante, ouverte". Bayrou insiste : c'est conforme à la logique de rassemblement de différentes forces et respectueux de nos futurs partenaires, dont plusieurs verts d'ores et déjà (Corinne Lepage, JL Bennahmias, peut-être Antoine Waechter [2])
  • le Congrès constitutif n'aura lieu qu'à l'automne 2007 : celà laisse le temps de se préparer, et l'UDF ne disparaôt pas tout de suite, laissant aux candidats aux législatives la possibilité de se présenter sous l'étiquette "UDF-Mouvement Démocrate"

Les regrets

  • Pas ou peu de sons de cloches discordants ; ce genre de manifestations sont plutôt à vocation informative, souvent acclamative, rarement délibérative.
  • Certains sifflets sont montés de la salle quand Bourlanges s'exprimait. C'est honteux. Il y a vraiment des excités à l'UDF, des spécialistes de l'oukaze. Drôle de se rappeler qu'il y a peu, la principale figure de cette frange "dure" était Momo Leroy, aujourd'hui aux côtés de ce à qui il jetait l'anathème ....
  • François Bayrou ne répond pas à la question importante : comment fait-on pour avoir un groupe parlementaire si, comme il l'a dit, nous allons rester indépendants, sans accords sans désistements, sans l'ombre d'une phrase, d'un mot, d'un coup de file avec qui que ce soit?

A la fin de son intervention, je reste 10 minutes le temps d'écouter Gilles Artigues (député de Saint-Etienne ; a voté blanc) et Véronique Fayet (adjointe à Bordeaux, candidate aux législatives). Puis serrage de quelques mains : "Alors tu restes au MD?" ; "Et un tel, qu'est-ce qu'il fait?" "Et tu l'as eu ton investiture?". Je passe aux stands argumentaires et Internet pour poser quelques questions pour le compte des candidats que je soutiendrais en Haute-Loire.

Mon sentiment final à l'issue de ce CN est que François Bayrou est prêt à tenter le pari de se passer d'un groupe parlementaire, de s'appuyer sur les élections locales de (2008, 2010 et 2011) et européenes (2009) pour enraciner le MD, et de le structurer en une force de proposition largement ouverte à la "société civile" et aux déçus de l'UMP, du PS et de l'éologie. De jouer l'opinion publique et la popularité d'une force alternative contre la représentation nationale. De jouer la Province contre Paris.

Ce pari peut-il réussir ? Est-il conforme à mes convictions ?

Notes

[1] aux coul-eeeeuuuurss de l'été indie...

[2] et son castor