Vais-je voter auourd'hui ? - Dilemme devant le non-renouvellement de l'offre politique
Maitre Eolas aime jouer avec nos nerfs : en lisant son dernier billet intitulé "Pourquoi je ne voterai pas dimanche",
je m'attendais à un vibrant plaidoyer pour l'abstentation. En fait, il
n'est est rien : son député a été élu au premier tour,voilà tout, et
son billet s'avère être un réquisitoire contre la proportionnelle.
Dans
mon cas, par contre, l'interrogation est réelle : j'hésite à aller
voter. Pire même : je pousse le vice anti-civique très loin, puisque
j'hésite à donner une consigne de vote à la personne à qui j'ai donné
procuration. La fainéantise n'a donc rien à voir avec mon manque
d'enthousiasme pour ce scrutin : je n'ai pas à me déplacer au bureau de
vote, pas à faire la queue, juste à prendre mon téléphone et indiquer
mon choix.
Mais le choix est difficile. Juger plutôt de la piètre offre politique qui m'est proposée aujourd'hui :
- d'un côté le challenger socialiste : sans charisme, sans enthousiasme, ne rassemblant même pas son camp, entouré d'histoires de magouilles qui date de l'époque où il était conseiller municipal, il est surtout là pour gagner des points en vue de futures investitures. Je suis allé l'écouter en meeting, et c'est franchement pas la gauche moderne. C'est pas avec des types comme ça que moi, le démocrate-chrétien, je franchirai le rubicon pour basculer à gauche le temps d'un vote de second tour !
- de l'autre coté le sortant UMP, qui sollicite son neuvième mandat. Vous avez bien lu : neuvième mandat. Ca existe, des députés qui se disent. "j'en ai fait huit, mais j'en reprendrais bien un neuvième pour la route". Des élus qui espèrent nous faire croire qu'en 30 ans, on n'a pas encore fait le tour de la fonction, qu'en 5 années supplémentaires, on fera ce qu'on a pas fait dans les 30 précédentes. Il a commencé par être un jeune sénateur, puis a été élu député sans discontinuer depuis 1978.
Franchement des carrières de parlementaires aussi longue, j'ai tendance à penser que ça fait honte à notre vie politique. Comment ose-t-on se représenter au bout de tant de mandats?
Outre ce manque d'envie et d'entrain dans la fonction, le problème est tout bonnement moral. On ne devrait pas assurer aussi longtemps une fonction politique. Cela empêche d'autres personnes d'acccéder à une telle charge ! Comme le rappelle Bernard Manin dans l'inépuisable Principes du gouvernement représentatif, la rotation des charges était un principe fondamental et solidement ancré dans les démocraties antiques ; c'est même ce principe (et non la croyance que la divinité se manifestait dans le sort, comme on le pense parfois) qui justifiait la désignation par le tirage au sort de certains fonctions. La bonne rotation des charges parmi les citoyens (attention : pour la plupart des charges tirées au sort, la désignation se faisait parmi une liste de volontaires) devait contribuer au bon exercice du pouvoir: si ceux qui participent à l'exercice du pouvoir sont nombreux, alors les citoyens sont mieux conscients des difficultés de la prise de décisions, et ceux qui détiennent le pouvoir sont mieux conscients des diffcultés d'appliquer les lois et des conditions de vie du peuple.
Ce principe de la rotation des fonctions politiques, nous l'avons oublié dans nos démocraties. Je suis pour celà favorable à une loi imposant une limite (assez haute) à la durée de la "carrière" d'un député : 4 mandats consécutifs par exemple. Je crois que la C6R propose 3. Quatre mandats, dans le nouveau rythme de notre démocratie, tel qu'imposé par l'aménagement des calendriers adopté en 2000, cela signifie 20 ans. C'est assez pour apporter sa contribution au bien public (en tout cas en tant que législateur, car il y a mille autre façons de servir la collectivité une fois ces 20 années passées). Je suis convaincu que les avantages d'une telle disposition excèderaient de beaucoup les inconvénients qu'on peut lui trouver, et au premier chef la limitation de la souveraineté du peuple qu'elle entraîne.
Tiens une anecdote. Pendant la campagne législative, lors d'une visite en mairie, dans une petite commune rurale, je tenais à peu près ce discours au maire qui nous accueillait chaleureusement, bien que n'étant pas de notre bord. Sur les murs était affichée, à côté du portrait officiel du Président Chirac, la liste parcheminée des maires de la commune depuis la Révolution ! Le maire, voyant mon regard se posait sur cette liste, où l'on apprenait que l'édile était en place depuis 1965, me dit, rigolard : "Alors vous devez pensez que je suis là depuis trop longtemps?"
Alors moi, un peu gêné : "Non, je parle seulement pour le mandat de député. Pour les maires, c'est différent". Nous tombions d'accord. Ouf.
C'est vrai que pour les communes le problème est différent.
D'abord parce que maire d'une petite commune, ce n'est pas une carrière, c'est une vocation ; ces maires font preuve d'un vrai dévouement, aidé - et encore pas toujours - d'une seule secrétaire de maire, et ce contre une indemnité minime. Si on leur imposait des restrictions de réélection, nous nous retrouverions avec des communes sans maire !
Ensuite parce que les enjeux sont différents. Ce ne sont pas dans le 25 000 communes de moins de 1000 habitants que se joue le renouvellement de la vie politique. Que le maire de la Chapelle Graillouze ait 70 ou 30 ans, je m'en tape. Que 16% des députés aient moins de 50 ans, que la moyenne d'âge de l'Assemblée Nationale soit de 57,7 ans $$ 53 ans seulement pour le groupe UDF. youpi.$$, que 12,3% de la "représentation nationale "soient des femmes, voilà qui me chagrine davantage.
Du coup je suis pas sûr de voter pour un député sortant UMP qui est là depuis 1978 (1978 ! je n'étais même pas né, même pas une intention de naître !). Pas envie d'apporter ma confiance à un député qui déjà en 1988 en faisait campagne pour sa 3ème rélection, avec probablement les mêmes arguments qu'aujourd'hui (du genre "Votez pour l'efficacité").
De toute façon il va être élu dans un fauteuil, alors...
En même temps, je parle dans mon billet du devoir de ne pas s'aggriper aux fonctions électives toute une vie durant. Or il est un autre devoir moral : celui de voter.
Arghh... Je suis tiraillé ...

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