Loin de moi la moindre envie de faire du jeunisme : l'âge n'est pour rien à l'affaire. On peut avoir 70 et garder l'esprit vif, on peut en avoir 30 et être un gros con. Mais peut-on encore avoir envie de rendre compte de son mandat avec application au bout de tant d'années, quand la politique est devenu un métier et la réélection quasiment un acquis social? La réponse est non : j'en ai eu confirmation en faisant campagne, la majorité se plaint que ce député ne passe plus dans les petites communes, laisse ses assistants assurer les permanences. Ca n'est pas bien.
Outre ce manque d'envie et d'entrain dans la fonction, le problème est tout bonnement moral. On ne devrait pas assurer aussi longtemps une fonction politique. Cela empêche d'autres personnes d'acccéder à une telle charge ! Comme le rappelle Bernard Manin dans l'inépuisable Principes du gouvernement représentatif, la rotation des charges était un principe fondamental et solidement ancré dans les démocraties antiques ; c'est même ce principe (et non la croyance que la divinité se manifestait dans le sort, comme on le pense parfois) qui justifiait la désignation par le tirage au sort de certains fonctions. La bonne rotation des charges parmi les citoyens (attention : pour la plupart des charges tirées au sort, la désignation se faisait parmi une liste de volontaires) devait contribuer au bon exercice du pouvoir: si ceux qui participent à l'exercice du pouvoir sont nombreux, alors les citoyens sont mieux conscients des difficultés de la prise de décisions, et ceux qui détiennent le pouvoir sont mieux conscients des diffcultés d'appliquer les lois et des conditions de vie du peuple.

Ce principe de la rotation des fonctions politiques, nous l'avons oublié dans nos démocraties.  Je suis pour celà favorable à une loi imposant une limite (assez haute) à la durée de la "carrière" d'un député : 4 mandats consécutifs par exemple. Je crois que la C6R propose 3. Quatre mandats, dans le nouveau rythme de notre démocratie, tel qu'imposé par l'aménagement des calendriers adopté en 2000, cela signifie 20 ans. C'est assez pour apporter sa contribution au bien public (en tout cas en tant que législateur, car il y a mille autre façons de servir la collectivité une fois ces 20 années passées). Je suis convaincu que les avantages d'une telle disposition excèderaient de beaucoup les inconvénients qu'on peut lui trouver, et au premier chef la limitation de la souveraineté du peuple qu'elle entraîne.

Tiens une anecdote. Pendant la campagne législative, lors d'une visite en mairie, dans une petite commune rurale, je tenais à peu près ce discours au maire qui nous accueillait chaleureusement, bien que n'étant pas de notre bord. Sur les murs était affichée, à côté du portrait officiel du Président Chirac, la liste parcheminée des maires de la commune depuis la Révolution ! Le maire, voyant mon regard se posait sur cette liste, où l'on apprenait que l'édile était en place depuis 1965, me dit, rigolard : "Alors vous devez pensez que je suis là depuis trop longtemps?"
Alors moi, un peu gêné : "Non, je parle seulement pour le mandat de député. Pour les maires, c'est différent". Nous tombions d'accord. Ouf.
C'est vrai que pour les communes le problème est différent.
D'abord parce que maire d'une petite commune, ce n'est pas une carrière, c'est une vocation ; ces maires font preuve d'un vrai dévouement, aidé - et encore pas toujours - d'une seule secrétaire de maire, et ce contre une indemnité minime. Si on leur imposait des restrictions de réélection, nous nous retrouverions avec des communes sans maire !
Ensuite parce que les enjeux sont différents. Ce ne sont pas dans le 25 000 communes de moins de 1000 habitants que se joue le renouvellement de la vie politique. Que le maire de la Chapelle Graillouze ait 70 ou 30 ans, je m'en tape. Que 16% des députés aient moins de 50 ans, que la moyenne d'âge de l'Assemblée Nationale soit de 57,7 ans $$ 53 ans seulement pour le groupe UDF. youpi.$$, que 12,3% de la "représentation nationale "soient des femmes, voilà qui me chagrine davantage.  
 
Du coup je suis pas sûr de voter pour un député sortant UMP qui est là depuis 1978 (1978 !  je n'étais même pas né, même pas une intention de naître !). Pas envie d'apporter ma confiance à un député qui déjà en 1988 en faisait campagne pour sa 3ème rélection, avec probablement les mêmes arguments qu'aujourd'hui (du genre "Votez pour l'efficacité").
De toute façon il va être élu  dans un fauteuil, alors...

En même temps, je parle dans mon billet du devoir de ne pas s'aggriper aux fonctions électives toute une vie durant. Or il est un autre devoir moral : celui de voter.
Arghh... Je suis tiraillé ...