Vendredi j'ai reçu une offre promotionnelle de l'hebdomadaire britannique The Guardian Weekly. Trois numéros gratuits si je m'abonne pendant un an. A l'intérieur, un exemplaire du journal. Mais oh! surprise, une fois la une passée, les pages sont blanches. Avec une note en forme de post-it à l'intérieur : "Are you missing something?". Sous-entendu : vous manquez d'informations, alors abonnez-vous à notre journal, bandes de nazes !
Bizarre cette ficelle marketing : ils créent un désir, une curiosité, avant de créer une frustration, et ils s'imaginent que je vais me dire "bon sang mais c'est bien sûr, ce qu'il manque à ma vie c'est un abonnement d'un an à Guardian Weekly !!"
Ma réaction fut plutôt de me dire que ce son de sacrés gaspilleurs chez Guardian Weekly, même si une note précise que ce "journal blanc" est 100% recyclable. Bien sûr, on gaspille tous les jours du papier, et beaucoup plus que ces quelques pages vierges. Ayons par exemple quelques minutes de recueillement pour ces dizaines de 20 minutes/métro dans les poubelles. Mais là le rapprochement est saisissant : on m'envoie un contenu vide. C'est ridicule.

Pour continuer avec ma série de minutes culturelles, voilà un extrait de Diderot, qui, lui, savait comment habiller une billet vide, adressé à une dame(quel dragueur, ce Denis...) :

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland - Lettre du 10 juin 1759

J’écris sans voir. Je suis venu. Je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense. Mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime. Il est neuf heures. Je vous écris que je vous aime, je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ? Adieu, ma Sophie, bonsoir. Votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici. Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres. Cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une, c’est que je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment me retient, et je continue de vous parler, sans savoir si je forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.