Le calepin de BeM, militant UDF

26 février 2007

Jean-Marie, reviens !

Je me rappelle quand j'étais petit, sur le chemin de l'école, un graffiti sur un poteau qui disait "Le Pen, vite!".

Je ne pensais pas que ce slogan, je pourrais l'entendre - ou presque, ou à mots couverts - dans la bouche de responsables socialistes en 2007, pris de panique par la montée de François Bayrou.Si je dis ça, c'est parce que j'ai lu ce weekend 2 déclarations choquantes par lesquelles F. Hollande et S. Royal consacrent Jean-Marie Le Pen comme troisième homme de la campagne, et le réhabilitent au-delà de sa présence dans l'opinion publique.

  • François Hollande s'exclame le 14 février sur un plateau de Canal Plus "Le seul troisième homme possible, on le connaît, c'est Le Pen" "Arrêtez de créer d'autres effets"
  • Ségolène Royal déclare dans un entretien au Parisien dimanche 24 février " Qui est le troisième homme, honnêtement ? Allons, on sait très bien que c'est Le Pen. Et tout ce qui contribue à disperser les voix de gauche au premier tour favorise l'émergence de ce troisième homme."

Je m'attendais plutôt à les voir se réjouir de la décrue de Le Pen dans l'opinion et se féliciter de ce qu'un homme dont les convictions démocratiques et républicainesne font aucun doute - François Bayrou - soit en ce moment le troisième homme. Mais de peur que le candidat centriste ne devienne le deuxième homme, voilà ces responsables socialistes qui font de la pub pour la menace Le Pen. Menace si confortable pour eux, et si pratique pour dissuader les maires de donner leurs parrainages - et les citoyens de donner leurs suffrages - à d'autres candidats de gauche ! Pour rassembler les troupes derrière Ségolène, agiter "la menace fasciste" fonctionne sûrement mieux que constater la menace centriste...

Ces réactions-compromissions devraient susciter chez les militants socialistes la rebellitude et la condamnation auxquelles ils sont d'ordinaire si prompts à l'encontre des représentants d'autres formations politiques.

Et si j'avais l'oreille de Jean-Marie Le Pen, je lui conseillerais d'aller toquer Rue de Solférino pour trouver quelques parrainages...

16 novembre 2006

Bayrou et Le Pen - A vous de juger ce soir

J'apprends par Arlette Chabot, interviewée par Pascale Clark sur En aparté, que l'émission A vous de juger de ce soir jeudi 16 novembre accueillera Jean-Marie Le Pen et François Bayrou pour un débat sur l'émergence d'un troisième homme dans la campagne. L'émission portera aussi sur les résultats de la primaire socialiste, dont les estimations sont attendues pour 22 heures, les résultats définitifs tard dans la nuit et les contestations sur les conditions de déroulement du scrutin dès vendredi matin. Laurent Fabius a d'ailleurs pris un peu d'avance en mettant déjà en doute la sincérité du scrutin.

J'ai hâte de voir comment se débrouille François Bayrou face à Jean-Marie Le Pen. Rares sont ceux qui ont osé affronter et qui sont sortis vainqueur d'un débat contre le leader d'extrême-droite. Jacques Chirac s'était dérobé dans l'entre-deux tours en 2002, Nicolas Sarkozy s'en était très bien sorti quelques mois plus tôt - un edito du journal des Jeunes UDF de Sciences Po de l'époque revenait d'ailleurs sur cette belle performance... :-) - et l'on retient souvent la performance de Bernard Tapie en 1989 puis en 1992 comment un exemple de combativité et de persévérance face au leader du Front National.

Il est vrai que Le Pen en débat est un véritable rouleau compresseur (mais l'âge aidant, je le trouve de moins en moins pugnace...). Sa rhétorique est bien rôdée, sa faconde populaire et intarrissable laisse peu de place à une élocution posée, ses arguments poujadistes et provocateurs ne facilitent pas l'argumentation rationnelle. Il emporte vite ses contradicteurs dans uen surenchère, et il est triste de voir que les seuls qui ont, jusqu'à présent, su tenir la dragée haute à Le Pen l'ont fait en adaptant (adoptant ?) un discours populiste. On trouvera ces vidéos sur un site consacré aux élections présidentielles ou sur celui de l'INA.

Mais je crois que François Bayrou va surprendre parce qu'il dit des choses fortes et simples, comme souvent ceux qui sont sûrs de leurs valeurs et de leurs principes savent parler haut et clair. François Bayrou ne parle pas comme les autres hommes politiques : c'est quelque chose qui me frappe régulièrement et j'en ferai un billet prochainement. A cet égard, il est un peu comme Sarkozy.

Ce soir, FB peut opposer à Le Pen un visage, un style et un discours très différents, dans une contestation comparable des maux de la démocratie, dans la dénonciation de l'enfermement des élites, dans la défense d'un Tiers-Etat.

Il faudra que je vous parle un jour de Lorrain de Saint-Affrique, auteur en 1998 d'un bouquin sur lequel je m'étais rué et que je devrais relire aujourd'hui : cet ancien conseiller de l'ombre de Jean-Marie Le Pen raconte comment il a cru que le leader frontiste pouvait faire "sortir par le haut" les craintes et les frustrations des Français, avant de s'apercevoir que Le Pen, précisément, en tiraient profit et n'avaient pour seule ambition que de flatter les bas instincts de chacun. Lorrain de Saint-Affrique, justement, confiait récemment au Figaro : "Le Pen veut la colère pour la colère, Bayrou veut la récupérer pour en faire quelque chose"'...

Je suis sûr que ce débat sera un moment important de la pré-campagne de François Bayrou. J'aimerais qu'à la fin de l'émission les téléspectateurs se disent : voilà le seul vrai rempart contre Le Pen; il tient un discours qui peut réconcilier les citoyens désespérés de la politique; il peut tirer quelque chose de bon de ce désespoir.

Donc voilà, plus qu'un débat, peut-être un de ces moments télévisuels qui fondent une campagne et une image!